Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Deux semaines sur pause: pourquoi pas?

ÉDITORIAL / La suggestion formulée par près de 80 experts universitaires en santé, en économie et en sciences sociales selon laquelle on devrait profiter du congé des Fêtes pour mettre le Québec sur pause pour deux semaines mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

Elle est peut-être la clé qui permettra de passer à travers les mois de janvier et de février, qui ne s’annoncent pas de tout repos pour notre réseau de la santé.

Reconfiner le Québec pendant deux semaines permettrait, selon les signataires d’une lettre publiée lundi dans La Presse +, de prendre un peu de souffle avant des mois qui pourraient être marqués par une explosion du nombre de cas de COVID-19 et par une pression que ne pourrait supporter le réseau de la santé.

Même si les vaccins tant attendus pointent enfin à l’horizon, il est impératif de réduire le nombre de cas. La vaccination à grande échelle n’est pas pour les prochaines semaines et il faut vraisemblablement un coup de barre qui va au-delà des appels à la collaboration de la population. Le nombre de nouveaux cas se maintient au-dessus de mille depuis au moins un mois, avec des pics à plus de 1500 au cours des derniers jours. On est loin d’être dans la zone qui aurait permis au premier ministre de desserrer les mesures concernant les rassemblements à l’occasion des Fêtes.

Alors s’il n’y a pas de rassemblements possibles pour Noël, pourquoi ne pas en profiter pour remettre le Québec sur pause? Déjà, le congé des Fêtes devrait permettre de diminuer les éclosions en milieu scolaire, mais ce ne sera pas suffisant. Plusieurs commerces et institutions fonctionnent aussi au ralenti pendant cette période, alors aussi bien profiter de ce creux pour serrer la vis encore un peu plus.

Une fermeture pour deux semaines à ce moment-ci, alors que plusieurs commerçants font une bonne partie de leur chiffre d’affaires, ne pourrait pas être ainsi envisagée de façon préventive. Mais le faire pendant les Fêtes pourrait mieux passer. L’avantage d’un tel confinement est justement d’être planifié, ce qui permet aux entrepreneurs et aux commerçants de voir un début et une fin, de prévoir la reprise. Ils en sont capables. Ils ont passé à travers bien pire ces derniers mois.

L’idée d’un reconfinement planifié ne permettrait pas de tout régler, mais elle peut donner une bonne assise pour éviter une perte de contrôle du nombre de cas, du nombre d’hospitalisations et du nombre de décès liés à la COVID-19.

Il est intéressant que cette idée émane de professionnels des milieux universitaire et sanitaire, essentiellement. Cela témoigne d’une volonté de se donner les moyens, collectivement, de passer à travers la crise en limitant le plus possible les dommages. Déjà qu’une majorité de citoyens s’étaient montrés soulagés ou à tout le moins d’accord avec l’idée d’interdire les rassemblements à Noël, aussi bien miser sur cet élan collectif qui semble solide. Même si, au fond, tout le monde est écoeuré de la COVID, des mesures sanitaires, des rassemblements interdits, de l’insécurité qu’elle génère, des pertes d’emploi ou des annulations d’activités ou événements.

Des exemples en ce sens ont connu du succès ailleurs dans le monde lorsqu’on considère le ralentissement de la propagation. Quand on regarde les conséquences économiques, c’est une autre histoire. Alors avant d’en arriver à une situation déjà catastrophique sur le plan de la santé qui serait lourde de conséquences sur l’économie du Québec, l’idée d’augmenter d’un cran une pause qui existe déjà est loin d’être farfelue.

Elle peut même être une occasion de montrer un peu de considération envers le personnel du réseau de la santé. Ce n’est pas négligeable comme argument, quand on constate la pression à laquelle les établissements sont confrontés par les temps qui courent. Il faut tout mettre en œuvre pour éviter que cette pression s’intensifie. Et remettre le Québec sur pause, ne serait-ce que pour deux semaines, est un geste plein de bon sens.