Martin Francoeur
Yves Lévesque et Michel Jutras y sont pour beaucoup dans la concrétisation du projet d'amphithéâtre à Trois-Rivières.
Yves Lévesque et Michel Jutras y sont pour beaucoup dans la concrétisation du projet d'amphithéâtre à Trois-Rivières.

Deux hommes et leur fierté

ÉDITORIAL / S’il y a un homme qui devait être ému, mardi soir, lors de la présentation du grand spectacle de la Fête nationale à la télévision, c’est bien l’ex-maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque. Les images spectaculaires de l’Amphithéâtre Cogeco, mettant en valeur l’infrastructure elle-même mais aussi ses environs, la jonction des deux cours d’eau qui la baignent et les treize lettres géantes qui épellent le nom de la ville, avaient de quoi rendre fier n’importe quel Trifluvien. Et à plus forte raison celui qui aura fait de l’Amphithéâtre une réalité, parfois contre vents et marées.

Il faut reconnaître qu’Yves Lévesque y aura été pour beaucoup dans la concrétisation de ce projet d’amphithéâtre, défini comme projet phare du développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Quand il a brusquement quitté la vie politique municipale, à la fin du mois de décembre 2018, tout le monde ou presque était d’accord pour dire que l’Amphithéâtre Cogeco aura été le legs principal d’Yves Lévesque à la ville qu’il a dirigée pendant dix-sept ans.

L’amphithéâtre, il l’a vu naître. Il en a fait la promotion, il l’a inauguré, il y amenait des visiteurs. Pour que le projet se concrétise, il a insisté auprès des gouvernements fédéral et provincial. Il s’est battu politiquement. Il aura parfois tourné certains coins ronds, allant même jusqu’à contourner les résultats de procédures d’enregistrement associées à des règlements d’emprunt en lien avec le projet.

Le terme «cheval de bataille» n’est pas trop fort pour décrire ce que représentait l’amphithéâtre pour Yves Lévesque. Il est donc normal qu’une part de la fierté éprouvée par le flot de commentaires positifs sur la qualité des installations lui revienne.

Mais puisqu’il est de mise de rendre à César ce qui appartient à César, il y a un autre homme qui devait être particulièrement fier en voyant les images du spectacle télévisé de la Fête nationale. L’ancien directeur des Arts et de la Culture à la Ville de Trois-Rivières, Michel Jutras, y est pour beaucoup dans la genèse de ce projet. C’est lui qui a convaincu Yves Lévesque du bien-fondé de réserver l’emplacement le plus convoité – le prime spot, dit-on familièrement – des anciens terrains de la Canadian International Paper à un amphithéâtre culturel.

Le projet n’est pas né sous Yves Lévesque. Il y avait un amphithéâtre dans les plans préliminaires de Cité Nautica, dès 2001. Mais cette infrastructure ne faisait plus partie des plans de Cité L’Émerillon, le projet qui a succédé à Cité Nautica pour le redéveloppement des terrains de l’ancienne Tripap. Ce n’est qu’en 2006, alors qu’on arrive avec le projet de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, que l’idée de construire un amphithéâtre refait surface, poussée par Michel Jutras qui a toujours été convaincu des retombées, de la visibilité et de la pertinence de ce projet pour Trois-Rivières. Déjà, on voyait approcher les célébrations du 375e anniversaire de la ville et certains croyaient qu’une telle infrastructure pouvait constituer un legs intéressant à la suite des célébrations.

Il aura toutefois fallu plus d’un exposé pour convaincre Yves Lévesque que la pièce maîtresse de Trois-Rivières sur Saint-Laurent devait être un amphithéâtre. Et c’est généralement à Michel Jutras que revenait cette tâche. Yves Lévesque aimait raconter qu’il avait déjà réveillé son directeur des Arts et de la Culture, tard le soir sur son cellulaire, pour qu’il lui refasse la présentation concernant l’amphithéâtre. Le maire avait des doutes. Et c’est Michel Jutras qui, à demi éveillé, l’a convaincu. Une fois de plus.

Les deux hommes ont toujours été persuadés que malgré les coûts importants, ce projet allait générer des retombées considérables. C’est exactement ce qui s’est produit ces dernières années avec les spectacles qu’on y présente, notamment ceux du Cirque du Soleil. Ils étaient aussi convaincus que cet amphithéâtre allait changer l’image de la ville. Et c’est exactement ce qui s’est produit mardi soir, tout particulièrement.