Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Deux discours valent-ils mieux qu’un?

ÉDITORIAL / Il faut certainement que la situation soit sérieuse pour que Justin Trudeau réquisitionne les ondes des télédiffuseurs canadiens, mercredi, pour s’adresser à la nation. 

Dans une volonté de souligner l’urgence de combattre la COVID-19 alors que le pays entre dans la fameuse deuxième vague, le premier ministre adopte une étrange stratégie qui risque de teinter d’une couleur politique un message de santé publique.

En après-midi, la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, livrera le discours du Trône qu’auront préparé le premier ministre et son entourage. Il sera bien sûr question du contexte d’urgence sanitaire dans lequel le pays est toujours plongé, mais il doit aussi être question des moyens déployés par le gouvernement pour aider les Canadiens à traverser cette période difficile. Le discours du Trône devait aussi lever le voile sur le plan de relance économique qui doit suivre la crise actuelle.

Quand il a prorogé le Parlement, en août dernier, Justin Trudeau laissait déjà entendre que le discours du Trône allait paver la voie à une relance audacieuse, relance qui allait nécessairement passer par le développement d’une économie axée sur l’environnement et la lutte aux changements climatiques.

Les attentes étaient donc élevées envers cet énoncé d’intentions que doit livrer le gouvernement par la voix de la gouverneure générale. Il n’est pas impossible qu’on doive déchanter parce qu’entre le moment où on a prorogé le Parlement et ce nouveau discours du Trône qu’on proposait aux Canadiens, la crise de la COVID-19 semble reprendre de la vigueur, ce qui force un discours orienté vers la protection de la santé publique plutôt que sur le développement économique.

La volonté de procéder à une relance verte pourrait donc se manifester plus timidement ou carrément devoir attendre.

C’est dommage parce qu’il y avait tout de même une occasion à saisir. Il y a quelques jours à peine, une coalition formée d’environnementalistes et de citoyens lançait une initiative pour que le gouvernement Trudeau instaure une relance économique verte. Le groupe, chapeauté par la Fondation David Suzuki, souhaitait sensibiliser le gouvernement à l’importance des retombées économiques et environnementales d’investissements gouvernementaux massifs dans l’économie verte. Des experts estiment que chaque 20 $ investi dans une relance juste et verte engendrerait des retombées de 307 $ dans le PIB du Canada au cours des dix prochaines années.

Au cours des derniers jours, on a beaucoup entendu parler de la volonté du gouvernement Trudeau d’encourager certains secteurs de l’économie, notamment celui des pièces entrant dans la fabrication de véhicules électriques, y compris pour les transports collectifs. On a là un filon intéressant pour amorcer une véritable transition énergétique. À première vue, il s’agit d’une façon évidente de relancer le secteur de l’automobile en Ontario. Mais on peut penser qu’il y a des percées intéressantes dans l’exploitation des métaux nécessaires pour les piles, particulièrement au Québec, et ce, même si l’aventure de Nemaska Lithium laisse encore un goût amer à plusieurs petits investisseurs.

Le hic, semble-t-il, c’est que les investissements qu’on pourrait être tenté de faire dans ce virage ne viennent pas régler rapidement les problèmes de ceux et celles qui ont perdu leur emploi en raison de la COVID-19. Il importe de trouver un équilibre, sans perdre de vue les objectifs écologiques de la relance.

En plus de cela, il faudra aussi penser aux investissements sociaux, particulièrement nécessaires en période de crise sanitaire. Ce sera assurément dans les revendications du Nouveau Parti démocratique, dont l’appui est nécessaire si les libéraux ne veulent pas être défaits sur ce discours du Trône.

Une chose est certaine: si la crise actuelle offre une possibilité de relance, mieux vaut saisir l’occasion pour la teinter de vert. L’Allemagne, la France et la Corée du Sud, entre autres, ont adopté des plans d’investissements massifs en ce sens. Et quand on y pense, c’est plein de bon sens.