Jean-Denis Girard lors de son assermentation en avril 2014.

Deux, ç'aurait été mieux

Le suspense prendra fin aujourd'hui. Un remaniement ministériel, c'est toujours une grande occasion pour les observateurs politiques, les journalistes et le public en général de se lancer dans les spéculations.
Qui sera démis? Qui sera promu? Qui pourrait changer de chaise? Qui pourrait revenir? Combien de femmes? Quel sera le poids des régions? Y a-t-il des purgatoires terminés? Y a-t-il des nouveaux venus qui dépassent par la droite des anciens qui attendent leur tour depuis des années?
On parle beaucoup, depuis quelques jours, de ce remaniement et du possible retour de la députée de Laviolette, Julie Boulet, au conseil des ministres. Du même souffle, on spécule sur les chances de son collègue de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, d'y rester.
La grande question qui se pose: y a-t-il de la place pour deux ministres dans la région?
En théorie, oui. La région a déjà eu quatre députés péquistes avec des fonctions ministérielles ou parlementaires. À la fin des années 90 et au début des années 2000, Guy Julien et Jean-Pierre Jolivet étaient ministres, Claude Pinard était vice-président de l'Assemblée nationale et Michel Morin a été whip en chef du gouvernement.
Mais en pratique, c'est autre chose. Il y a une question d'affinités, de compatibilité de caractères. S'il y a plus d'un ministre dans le coin, c'est certain que chacun de ceux-là voudra être la voix privilégiée des dossiers de la région. Cela donne souvent lieu à des hostilités larvées ou à des jeux de coulisses au sein même du caucus régional.
Et dans un conseil des ministres moins garni, au sein duquel on souhaite un meilleur équilibre hommes-femmes, il y aura des brebis sacrifiées.
Tout indique que Julie Boulet sera de retour au conseil des ministres. On lui réserve semble-t-il le portefeuille du Tourisme, un ministère idéal où les feux à éteindre sont rares et où les sorties publiques sont plus souvent qu'autrement des annonces de subventions.
Avec cette nomination, si elle se confirme au Salon rouge, la Mauricie retrouve la ministre dont elle s'ennuyait encore.
Vraisemblablement, Julie Boulet héritera aussi du titre de ministre responsable de la région, ce que souhaitaient toujours plusieurs maires, surtout depuis la publication du rapport de la commission Charbonneau. Julie Boulet n'y a pas été blâmée personnellement et on commence déjà à voir son témoignage éprouvant devant cette commission comme étant presque de l'histoire ancienne.
D'autres facteurs jouent en sa faveur. Elle a une solide expérience de ministre avec des portefeuilles importants. Elle est une femme, ce qui est utile dans une volonté de se rapprocher de la parité. Elle est très populaire dans sa circonscription et dans toute la région.
Il aurait été souhaitable que ce retour de Julie Boulet au conseil des ministres ne se fasse pas au détriment de Jean-Denis Girard. Un bon soldat, discret, sans grande envergure, mais qui n'a pas fait de faux pas. On lui avait créé une fonction de ministre délégué au nom ridiculement long pour que la Mauricie, qui venait de livrer la totalité de ses circonscriptions aux libéraux, ait son ministre.
Mais même s'il a fait un travail honnête comme ministre délégué - surtout sans expérience parlementaire -, le député de Trois-Rivières pourrait bien ne pas survivre à un retour de Julie Boulet au Saint des saints. C'est ingrat, mais c'est ainsi.
On peut le déplorer parce que cela enverrait clairement le message que deux ministres d'une même région, c'est trop. Sauf quand ces «régions» s'appellent Montréal ou Québec, où la proportion de députés du parti formant le gouvernement est quand même beaucoup plus basse que dans une région comme la Mauricie.
Selon toute vraisemblance, il faudra se résigner à n'avoir qu'une seule voix au conseil des ministres. Et on peut dire, pour reprendre une formule connue, qu'un ministre régional, c'est bien. Mais deux, ç'aurait été mieux. Sauf pour eux, probablement.
Mais ça, c'est une autre histoire.