Les terres contaminées sont situées sur le chemin Louis-Riel, à Bécancour.

Désaveu

Voilà un dossier aussi curieux que préoccupant que celui de l'ancien site d'enfouissement industriel à Bécancour. Et l'attitude du ministère du Développement durable, de l'Environnement et la Lutte contre les changements climatiques semble être plus préoccupante encore.
Le ministre David Heurtel.
D'abord par la relative incurie dont il a fait preuve dans ce dossier. Ce n'est pas normal d'avoir invoqué des difficultés à retracer les propriétaires successifs de ces terrains pour justifier une non-intervention.
Le ministère était au courant du problème depuis 2004. On ne parle pas ici d'un petit problème inoffensif, mais d'une fuite de près de 200 000 tonnes de matières toxiques depuis plus d'une dizaine d'années.
Il y a déjà des rapports qui démontraient que les cellules d'enfouissement n'étaient plus étanches et que le contact avec l'eau souterraine provoquait une réaction des résidus toxiques. Des gaz toxiques se dégagent du site. La contamination a atteint le réseau hydrographique de Bécancour.
Le ministre David Heurtel indiquait la semaine dernière que cela fait sept ans que le ministère travaille à comprendre les lieux et réaliser différentes études. Sept ans. S'il s'agissait d'une catastrophe environnementale apparente plutôt que sournoise, il y a longtemps qu'on aurait agi.
Le problème, s'il en est un, c'est que le ministère étudie le dossier depuis 2009, mais il était au courant du problème depuis 2004.
Pour paraphraser Hamlet, il y a quelque chose de pourri au royaume de l'Environnement.
La situation a beau être complexe, on s'attend du ministère du Développement durable, de l'Environnement et la Lutte contre les changements climatiques qu'il fasse un travail prompt lorsque vient le temps de protéger l'environnement, colmater des fuites, empêcher la contamination de l'air et de l'eau.
L'autre élément qui retient l'attention, c'est ce transfert du dossier par le ministre Heurtel. Une semaine après son passage mouvementé dans la région, il retire le dossier des mains de la direction régionale du MDDELC pour le confier à sa sous-ministre. 
Il s'agit là non seulement d'un désaveu de la compétence d'une direction régionale, mais d'une autre triste démonstration des conséquences des compressions dans de telles directions.
Si, dans l'immédiat, ce transfert de dossier donne la vague impression que le ministère prend - enfin - le dossier au sérieux, il démontre surtout l'incapacité ou l'absence de volonté, pour le gouvernement libéral de Philippe Couillard, de maintenir une fonction publique régionale forte, efficace et au fait des dossiers régionaux.
On l'a vu dans tellement d'autres ministères et organes de développement économique régional: fusions ou abolitions de directions régionales, rapatriement de fonctionnaires à Québec, pouvoirs restreints dans les régions, dissolution d'organismes de concertation.
Non seulement le gouvernement actuel ne croit pas à la décentralisation, mais il met tout en oeuvre pour alimenter le sentiment d'abandon des régions.
S'il y a un ministère où la présence régionale aurait dû être valorisée, c'est bien celui du Développement durable, de l'Environnement et la Lutte contre les changements climatiques.
Mais le dépouillement progressif des dernières années a eu raison de plusieurs professionnels en poste dans les directions régionales, remplacés bien souvent par des techniciens qui se retrouvent avec des tâches multiples, dont certaines en dehors de leur champ de compétence.
Et alors que les directions régionales du MDDELC devraient être en première ligne de la surveillance et des interventions sur le terrain, on abandonne plusieurs responsabilités aux villes ou aux entreprises, qui en ont déjà plein les bras.
Dans le cas du site industriel contaminé de Bécancour, il aura fallu douze ans de «connaissance du dossier» par le ministère et une forte médiatisation du dossier pour en arriver à un plan d'action concret.
Ce n'est pas normal.