Désagréments de l’agrément

ÉDITORIAL / Décidément, les institutions culturelles qui vivent – ou survivent – sous la coupole du Séminaire ne l’ont pas facile cette année. Avec les Archives qui ne recevront plus de financement public à partir de 2020, voilà que le Musée Pierre-Boucher perd son statut d’institution agréée et n’aura plus accès, à moins que quelque chose bouge prochainement, au financement gouvernemental. Il semble bien qu’une sorte de «bureaucratite» aiguë touche le monde muséal et archivistique au Québec. Et la région en écope lourdement.

Le Musée Pierre-Boucher n’a pas passé le test des nouvelles normes d’agrément du ministère de la Culture et des Communications. L’agrément, semble-t-il, «garantit à la population l’accès à un établissement d’intérêt public de qualité» et est attribué en fonction de la performance de l’institution muséale en question. Il «s’inscrit dans le respect de normes reconnues internationalement en matière de pratiques muséologiques, et de planification, de protection et de mise en valeur du patrimoine», peut-on lire dans les documents du ministère qui expliquent le processus d’agrément.

Perdre cette reconnaissance envoie un bien mauvais message, tant aux responsables des institutions concernées – le Musée Pierre-Boucher est le seul dans la région à être victime des nouvelles normes – qu’à la population. C’est comme si on disait que d’un seul coup, le travail qui est fait par ces musées n’est pas bon. Ou pas assez bon.

D’un seul coup, le Musée Pierre-Boucher se retrouvera privé des subventions gouvernementales aux musées, auxquelles il avait droit de façon ininterrompue depuis 1976. C’est un montant annuel de 118 000 $ qui ne lui sera plus accordé. C’est essentiellement la totalité de son financement. Ça fonctionnait en 2018 mais en 2019, ça ne marche plus. Qu’y a-t-il donc de si différent dans le fonctionnement du musée pour que ça bloque?

Bien sûr le ministère a prévu des mesures d’accompagnement pour les institutions qui étaient soutenues financièrement dans le passé mais qui n’ont pas été agréées selon les nouvelles règles. C’est un peu le supplice de la goutte: le financement diminuera progressivement au cours des trois prochaines années.

Le pire, dans tout ça, c’est que le Musée Pierre-Boucher célébrera en 2020 son 125e anniversaire de fondation. Créé en 1895 sous le nom de Musée des Antiquités et des Curiosités, il est devenu par la suite le Musée du Séminaire, puis le Musée Pierre-Boucher. C’est un des plus vieux musées au Québec. C’est tout un pied de nez que le ministère vient de faire.

La bonne nouvelle, c’est que l’institution ne semble pas menacée de fermeture à court ou à moyen terme. Une rencontre est prévue avec des représentants du ministère et des démarches sont en cours pour évaluer d’autres programmes auxquels le Musée pourrait avoir accès.

Il n’en demeure pas moins que c’est extrêmement décourageant pour des petites institutions qui portent leur mission à bout de bras et qui fonctionnent avec un minimum de moyens et de personnel. Le Musée Pierre-Boucher a la particularité d’offrir un accès gratuit et de présenter une quinzaine d’expositions par année, combinant les arts visuels et l’histoire. Il offre des programmes comme des ateliers d’art et d’histoire ou des camps artistiques, souvent à des jeunes de milieux défavorisés. Il a surtout une histoire de musée sans prétention et une tradition d’ouverture et d’accessibilité.

Ceux et celles qui l’ont déjà visité le savent. Ceux et celles qui ont fréquenté le Séminaire le savent aussi. Le Musée fait partie de la vie de cette institution, même s’il en est administrativement détaché, tout comme l’est le service des Archives. Il est une des portes par lequel le Séminaire s’ouvre sur sa communauté.

Ça, c’est exactement le genre de critères qui n’apparaissent pas dans les grilles d’agrément. Et c’est bien dommage qu’il en soit ainsi.