Le EM KEA a fait une pointe de vitesse dans le lac Saint-Pierre malgré les inondations et la présence d'un pilote du Saint-Laurent à bord.

Des sanctions s'imposent

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le rapport d'incident de Transports Canada sur les dommages causés à des résidences de Yamachiche lors du passage du navire EM KEA sur le lac Saint-Pierre, en avril dernier, a été rendu public dans la plus grande discrétion. Et on se demande bien pourquoi. Si on a maintenant certains éléments de réponses quant à ces événements, on a l'impression que deux choses brillent par leur absence: des sanctions et un engagement ferme à tout mettre en place pour que de tels excès de vitesse ne se reproduisent jamais.
C'est presque par hasard que les médias et les principaux riverains qui ont subi des dommages en avril dernier sont tombés sur un «sommaire exécutif» du rapport d'enquête, publié dans un recoin du site web de Transports Canada. Il fallait aussi être perspicace pour trouver le communiqué aussi discret de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, en réaction au rapport en question. 
Une opération de communications un peu plus proactive s'imposait, ne serait-ce que par respect pour les victimes de ces inondations et pour les élus, notamment ceux qui ont posé des questions à ce sujet? Il n'est pas exagéré de dire que les conclusions de l'enquête étaient très attendues.
Le sommaire du rapport demeure très vague - sans mauvais jeu de mots - sur les causes de cet incident du 26 avril dernier. On se rappellera qu'en pleine nuit, le passage à grande vitesse d'un navire, le EM KEA, avait provoqué des vagues de deux mètres sur la rive, causant de lourds dégâts aux propriétés de plusieurs riverains. Plusieurs d'entre eux avaient déjà identifié le passage du navire à une vitesse inhabituelle comme étant une cause évidente de ces vagues dévastatrices.
L'enquête conclut que le bateau à l'origine des dommages «contrevenait à l'avis à la navigation en vigueur» de la Garde Côtière canadienne qui demandait alors aux navires marchands d'adopter «une vitesse sécuritaire» à cause du très haut niveau du fleuve. Aucune situation urgente ne justifiait que ce navire circule à 18 noeuds à une période aussi critique.
L'enquête confirme par ailleurs que c'est un pilote breveté, membre de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent Central, qui était à la barre du navire à bord du navire au moment des événements. Des mesures disciplinaires ont été prises, assure-t-on, contre le pilote en question.
Mais au-delà de cette sanction individuelle, n'y aurait-il pas une part de responsabilité du côté de la compagnie maritime ou de la corporation des pilotes? La question demeure entière. 
L'autre problème, dans ce dossier, demeure celui de l'absence de vitesses maximales fixes selon les tronçons et selon les conditions. Seule une consigne de la Garde côtière canadienne demandait aux pilotes d'adopter une «vitesse sécuritaire», ce qui laissait place à interprétation. Jamais on ne retrouverait un tel laxisme sur les routes. En certains endroits sur le fleuve, les pilotes observent de façon volontaire des réductions de vitesse demandées par les riverains en raison, notamment, des problèmes d'érosion des berges. Il devrait y avoir un mécanisme décrétant des vitesses réduites en situation de niveau élevé du fleuve ou du lac Saint-Pierre.
Pour l'instant, la seule mesure qui découle de l'incident d'avril dernier demeure l'instauration d'un module dans la formation des nouveaux pilotes et la sensibilisation auprès des pilotes en place. C'est bien mince.
Il faudra voir ce qui ressortira des travaux de révision de la loi fédérale sur le pilotage. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a indiqué que l'incident du EM KEA démontrait clairement la nécessité d'accroître l'imputabilité et les pénalités en lien avec les actions de la part des pilotes qui exercent leurs activités au nom des organisations de pilotage reconnues. Il a l'intention d'aborder cette question dans le processus de révision de la loi.
C'est une bonne nouvelle. Mais il faut maintenant espérer que ce ne sera pas fait en catimini, comme le dépôt du rapport d'enquête.