Des réunions, et puis après?

ÉDITORIAL / Ainsi donc, il y a eu des réunions de conseillers municipaux trifluviens en dehors des séances de travail régulières du conseil. Ces réunions, auxquelles n’étaient pas conviés tous les élus, avaient pour but de travailler et de discuter de dossiers municipaux et travailler de façon concertée pour certains d’entre eux. Certains voudraient y voir un scandale. Il n’en est rien.

C’est l’intervention du conseiller municipal Luc Tremblay dans le cadre de la tribune téléphonique de l’émission du midi au 106,9 FM, qui a provoqué une attaque de l’ex-maire Yves Lévesque à ce sujet. Ce dernier n’a eu aucune difficulté à faire admettre au conseiller Tremblay que des rencontres avaient lieu régulièrement au domicile du conseiller Pierre Montreuil. Comme si c’était une révélation.

Certains s’en sont offusqués, voyant dans ces rencontres la formation d’un parti politique fantôme ou une opération ayant pour but de contrôler le conseil municipal. On n’est pas loin du délire.

Sans aller jusqu’à dire que de telles réunions sont souhaitables, elles sont certainement normales. Surtout dans une ville où il n’y a pas de partis politiques représentés à l’hôtel de ville. Trois-Rivières a une longue tradition qui consiste à élire des conseillers municipaux indépendants. Les quelques tentatives de former des partis politiques municipaux ont lamentablement échoué.

Dans un tel contexte, ce serait vivre dans un monde de licornes que de penser que chacun des quatorze conseillers municipaux va travailler en vase clos pour l’unique bien-être des électeurs de son district. Et que s’il lui arrive de travailler en équipe, ce sera de façon équitable avec tous les autres membres du conseil avec qui il devra s’entendre parfaitement.

Il y a toujours eu, autour de la table du conseil, des affinités entre conseillers, des petits groupes informels, des positions concertées. Autrefois, les alliances se nouaient par téléphone ou à la taverne du coin. Aujourd’hui, c’est via Facebook ou Messenger. Ou par quelques mots échangés dans l’Autogare ou chez un des élus. Ou autour d’une bière après l’assemblée publique du conseil. Le Groupe des sept, il y a une dizaine d’années, le faisait régulièrement. Et même les conseillers qui, à cette époque, étaient alignés avec Yves Lévesque, le faisaient aussi en allant casser la croûte ou prendre un café dans un restaurant de la ville.

Peu importe le but de ces échanges, on ne peut certainement pas les empêcher. La politique est ainsi faite. Et on ne doit certainement pas tenir pour acquis que de telles accointances signifient automatiquement qu’il y a un complot quelconque.

On pourrait voir, dans la sortie d’Yves Lévesque au sujet des réunions de ce qu’il estime être un «parti politique souterrain», une tentative de faire dévier le débat électoral actuel ou d’éclabousser aussi bien des conseillers en place que le candidat à la mairie Jean-François Aubin. Les conseillers Luc Tremblay, Pierre-Luc Fortin et François Bélisle, qui ont pris part à ces rencontres, ont tous donné leur appui au candidat Aubin, rappelons-le.

Si Trois-Rivières avait, comme la plupart des autres grandes villes du Québec, une culture de politique municipale qui implique des partis politiques, on ne s’offusquerait certainement pas que les représentants de ceux-ci tiennent des caucus ou discutent de façon informelle. Dans un monde idéal, on voudrait que ces rencontres se fassent à quatorze ou à quinze incluant le maire. Mais on n’en est pas là. Il y a des considérations humaines qui entrent en jeu.

Les raisons pour lesquelles l’idée de la partisanerie officielle n’a jamais suscité beaucoup d’attrait à Trois-Rivières sont encore inconnues. Mais que la culture de connivence qui vient généralement avec celle-ci se soit ancrée dans les mœurs politiques, ce n’est certainement pas une surprise. C’est même le propre de la politique.

Ni un scandale. Ni quelque chose de louche. Ni un complot.