Donald Trump

Des propos inacceptables

ÉDITORIAL / «On ne parle pas comme ça aux États-Unis.»

C’est ce qu’a dit Donald Trump, mercredi, lorsqu’il expliquait pourquoi il avait annulé son séjour au Danemark. Il n’a pas apprécié la déclaration de la première ministre danoise Mette Frederiksen dans laquelle elle qualifiait d’«absurde» la discussion entourant l’intérêt manifesté par le président pour que les États-Unis achètent le Groenland.

Pourtant, «absurde» est ici un qualificatif plutôt élégant, presque un euphémisme. Il suffit de le comparer à certains qualificatifs employés par le président Trump dans ses propos diplomatiques pour constater qu’il n’a certainement pas de leçons à donner sur la façon dont on doit s’adresser aux États-Unis.

Rappelons ici que le président avait qualifié la Belgique de «trou». Qu’il avait aussi qualifié Haïti, El Salvador et certains pays africains de «trous à merde». Qu’il donne souvent des surnoms peu flatteurs à certains homologues étrangers.

Bref, qualifier d’«absurde» une discussion sur une volonté unilatérale d’acquérir le Danemark était plutôt poli.

Cette volonté d’acheter l’immense possession danoise qui touche aussi bien l’Arctique que l’Atlantique apparaît comme une extravagance, une lubie. Une sorte de bulle au cerveau. Même si elle n’est pas nouvelle, cette idée – ou plutôt le fait de l’évoquer – semble déplacée dans un contexte où, dans un premier temps, l’île n’est pas à vendre et, dans un deuxième temps, le Danemark est un pays allié avec lequel les États-Unis n’ont pas de contentieux.

Il y a quelques jours, on apprenait que le président s’était entretenu à plusieurs reprises avec ses conseillers de la possibilité d’acheter le Groenland et de l’intégrer au territoire des États-Unis. Le potentiel minier et pétrolier de ce territoire devient de plus en plus attrayant et leur exploitation semble devenir de plus en plus accessible compte tenu du réchauffement climatique.

L’idée, selon des sources proches du président, revient régulièrement dans ses discussions. Certains la qualifient de plaisanterie, d’autres considèrent que la volonté du président est bien réelle. Si tel est le cas, elle relève davantage de l’ego démesuré du président plutôt que du sérieux de la politique étrangère du pays.

Au cours des derniers jours, l’affaire a pris une telle ampleur que le président a annulé un voyage au Danemark. Raison invoquée: la déclaration «désagréable» de la première ministre Frederiksen.

Cette querelle surréaliste survient dans un contexte où le président devait visiter le Danemark dans deux semaines. C’est la reine Margrethe II qui avait officiellement lancé l’invitation. Le désistement de Donald Trump a créé une onde de stupéfaction au Danemark. La première ministre a pris soin d’indiquer que les préparatifs pour cette rencontre étaient très avancés.

Les États-Unis ont toujours eu un intérêt pour le Groenland. Ils y possèdent une base aérienne, à Thule. En 1946, le président Truman était disposé à offrir 100 millions de dollars au Danemark pour qu’il lui cède le Groenland, beaucoup mieux intégré – géographiquement parlant – à l’Amérique du Nord qu’à l’Europe.

La stupéfaction danoise avait été semblable à celle des derniers jours. Et le refus presque aussi catégorique. Mais il n’y avait pas eu d’insultes ni d’injures.

Et le président Truman n’aurait certainement pas eu l’idée de tourner l’affaire en dérision comme l’a fait Donald Trump en publiant, sur Twitter, une photo modifiée falsifiée sur laquelle on voit un gratte-ciel de type «Trump Tower» en plein cœur d’un petit village de pêcheurs du Groenland et coiffé de la mention: «Je promets de ne pas faire cela au Groenland.»

Quelle sorte de diplomatie est-ce là? Quel message cette plaisanterie de mauvais goût envoie-t-elle aux partenaires internationaux des États-Unis? Ça ne fait pas sérieux.

Que le président Trump gouverne comme il veut dans son pays. Mais insulter les autres nations et dénigrer les autres chefs d’État n’est pas acceptable.