Justin Trudeau a passé haut la main le test de la délicate première rencontre avec le président Donald Trump. Le premier ministre a su établir un contact qui, à défaut d'être chaleureux, a le mérite d'être courtois et productif.

Des ponts plutôt que des murs

Justin Trudeau a passé haut la main le test de la délicate première rencontre avec le président Donald Trump. Le premier ministre a su établir un contact qui, à défaut d'être chaleureux, a le mérite d'être courtois et productif. Le plus savoureux, c'est que la visite a été parsemée de quelques remarques qui donnaient parfois l'impression d'être autant de petites claques sur la gueule du président.
C'est une journée où tout le monde semblait marcher sur des oeufs. Les divergences idéologiques et le contraste de style entre les dirigeants des deux plus célèbres pays voisins n'ont probablement jamais été aussi prononcés.
Globalement, les analystes diront que les propos de Donald Trump ont été rassurants sur la question du libre-échange. Il s'agissait là de la principale source de préoccupations pour les Canadiens que nous sommes, surtout après avoir entendu le président remettre en question la portion mexicaine de l'ALENA.
Fait intéressant, le président Trump a fait, peut-être sans le vouloir, une belle figure de style en différé en parlant des relations canado-américaines. Si la question du mur entre les États-Unis et le Mexique semble être au coeur du discours de Donald Trump quand il est question de son voisin du sud, on peut dire que ce sont les ponts qui sont à l'honneur quand il est question du Canada.
Dans son allocution devant les médias, le président a mentionné que les États-Unis étaient chanceux d'avoir un voisin comme le Canada. «Nous avons devant nous l'opportunité de construire encore plus de ponts; des ponts de coopération et des ponts commerciaux», a indiqué Donald Trump.
Entendre parler de ponts plutôt que de murs, c'est déjà une bonne chose en soi.
Mais ce que l'on risque de retenir bien davantage, ce sont les messages qui ont été plus ou moins subtilement passés par le premier ministre Trudeau. Vainqueur sans équivoque de la poignée de main initiale, Justin Trudeau s'est imposé dans les portions publiques de la rencontre avec Trump.
Cette façon d'avoir habilement parlé de l'accueil de 40 000 réfugiés en répondant à une question sur les préoccupations de sécurité était brillante. Le Canada, a-t-il dit, a toujours compris que le fait d'assurer la sécurité des Canadiens était une responsabilité fondamentale et une priorité pour le gouvernement. Mais il y avait une suite.
«En même temps, nous continuons à poursuivre nos politiques d'ouverture et d'accueil des immigrants et des réfugiés sans compromettre notre sécurité», rappelant du même souffle que le Canada a accueilli 40 000 réfugiés syriens au cours de la dernière année, sans heurt.
Au sujet de l'immigration, Trump et Trudeau sont aux antipodes. Mais la façon de faire canadienne a été bien réitérée lundi et n'a pas donné lieu à quelque reproche ni à quelque froncement de sourcils que ce soit.
Sur la question de la sécurité entre les deux pays, Justin Trudeau a amené Winston Churchill en renfort, y allant d'une suave citation de l'ancien premier ministre britannique: 
«Cette longue frontière entre l'Atlantique et le Pacifique, gardée seulement par le respect du voisinage et des obligations honorables, est un exemple pour tous les pays et un modèle pour l'avenir du monde.»
On ne pouvait pas trouver mieux comme réplique aux commentaires maladroits de Donald Trump sur le fait que le Canada et les États-Unis étaient liés par le fait que leurs soldats sont allés au combat ensemble, qu'ils ont fait la guerre ensemble et ont forgé ce lien spécial qui unit deux nations ayant versé leur sang ensemble.
Justin Trudeau a pris soin de mentionner lundi qu'il n'était pas là pour faire la morale à qui que ce soit sur la façon de gouverner. Il a surtout su démontrer qu'il était maintenant capable de faire une diplomatie à la fois ferme et respectueuse, en rappelant que le Canada avait une vision et une façon de faire qui lui sont propres.