L’Université Laval s’est récemment retrouvée sur la sellette pour un questionnaire médical préembauche intrusif qu’elle utilisait depuis près de 10 ans pour combler des postes d’employés de bureau, de techniciens et d’emplois de métiers.

Des patrons trop curieux

ÉDITORIAL / «Recherche candidat en parfaite santé qui représente le moins de risque d’absentéisme et qui n’alourdira pas le coût des assurances». Il n’y a pas un employeur qui rédigerait une telle offre d’emploi. Du moins, pas officiellement.

L’Université Laval s’est récemment retrouvée sur la sellette pour un questionnaire médical préembauche intrusif qu’elle utilisait depuis près de 10 ans pour combler des postes d’employés de bureau, de techniciens et d’emplois de métiers. Ce n’est cependant pas le seul employeur à abuser et à ne pas respecter la Charte des droits et libertés.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse indiquait en effet l’année dernière recevoir plusieurs plaintes de personnes qui ont dû dévoiler des renseignements personnels qui n’avaient aucun lien avec l’emploi convoité. 

«Cette pratique est largement répandue, notamment dans le réseau de la santé et des services sociaux», notait la Commission qui commentait en février 2017 un jugement du Tribunal des droits de la personne impliquant le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides et une psychologue ayant porté plainte. L’an dernier, la commission a ouvert 28 dossiers de discrimination à l’embauche.

Pourtant, lorsque le Journal de Québec a étalé le type de questions soumises par l’Université Laval aux candidates féminines, la surprise a été grande. La désapprobation également. 

La rectrice Sophie D’Amours a convenu que certaines questions n’avaient tout simplement pas de bon sens. Quelle est en effet la pertinence de savoir la dernière date de menstruations d’une employée, ou le nombre de ses grossesses ou avortements? L’université a retiré le questionnaire qui allait à l’encontre de ses «valeurs d’égalité et de respect». Pas trop tôt.

La ministre de l’Enseignement supérieur et à la Condition féminine, Hélène David, s’est dite pour sa part «estomaquée». La Presse a rapporté qu’elle avait transmis une directive aux directions des cégeps et des universités pour s’assurer que des formulaires similaires à celui de Laval ne s’y retrouvent pas.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux et celui de l’Éducation devraient manifester la même préoccupation. Il est inacceptable que des organismes publics, où des établissements principalement financés par des fonds publics, aient des pratiques discriminatoires. 

De telles façons de faire créent de la confusion. Même si les personnes qui posent leur candidature jugent certaines questions trop personnelles et sans liens avec les aptitudes et les qualités requises pour occuper l’emploi, elles présument que le processus est légal puisqu’il s’agit d’organismes publics, et ne contestent pas.

On s’attend en effet qu’à titre d’employeur, l’État respectera la Charte des droits et libertés. On espère qu’il ne profitera pas de la vulnérabilité de la personne qui est à la recherche d’un emploi pour aller à la chasse aux informations.

Un candidat se retrouve en effet coincé entre le désir d’obtenir le poste, et celui de faire respecter ses droits, sa dignité et sa vie privée.

Dans la décision visant le CISSS des Laurentides, le Tribunal rappelle la mise en garde accompagnant le questionnaire médical de 7 pages qu’avait dû remplir la psychologue. On y précise que celui-ci a pour but «de s’assurer que votre état de santé est compatible d’une part avec les exigences de l’emploi postulé et d’autre part, avec une prestation normale de travail». On indique aussi que «les procédures d’embauche ne pourront être satisfaites que si vous avez répondu adéquatement à toutes les questions du formulaire». 

La Presse faisait état samedi d’un libellé semblable dans un questionnaire de la Commission scolaire de Montréal. 

Il est temps de rappeler tout le monde à l’ordre.