Des murs, encore des murs

Décidément, nos voisins du sud ont une obsession pour les murs. C’est avant tout l’obsession de leur président, Donald Trump, mais celle-ci se répercute maintenant jusque dans notre cour. L’imposition, par le Département du commerce des États-Unis, de droits préliminaires antidumping sur les importations en provenance du Canada et du Québec de papier non couché à base de pâte thermomécanique, vient porter un dur coup à la région.

L’annonce de l’imposition de ces droits antidumping constitue une manifestation évidente du protectionnisme qui caractérise bon nombre de décisions économiques aux États-Unis. Curieusement, elle survient au lendemain de la visite du président Trump en Californie pour aller apprécier différents prototypes de murs qui pourraient être érigés à la frontière mexicaine.

Les murs, toujours les murs. Qu’ils soient physiques, idéologiques ou économiques, ils témoignent d’un repli sur soi-même, d’une volonté de s’isoler et d’effacer des décennies de coopération ou de bon voisinage.

L’imposition de nouveaux droits antidumping touche cette fois le papier journal et les papiers d’impression. Chez nous, c’est évidemment Kruger qui est frappée de plein fouet. En janvier dernier, lors de l’annonce de droits compensatoires, ceux imposés à Kruger étaient de 9,93 %. Cette fois, les droits antidumping s’élèvent à 22,16 %, ce qui porte le total des droits à 32,09 %. C’est énorme.

Cette tentative de démonstration de force n’est pas la première tentative des États-Unis de créer des litiges pour des raisons qui nous paraissent souvent obscures. La plupart du temps, le tribunal d’arbitrage tranchait en faveur du Canada et concluait qu’il n’y avait pas de subventions provoquant une concurrence déloyale.

Les nouveaux droits antidumping touchent cette fois une industrie qui en arrache déjà considérablement, qui a encaissé son lot de coups durs au cours des dernières années et qui tente de se trouver de nouvelles niches spécialisées. Les chances que les usines de pâtes et papiers fassent réellement du dumping sont bien minces. Les entreprises de ce secteur sont pénalisées par cette vague protectionniste, caractérisée par de nombreux différends commerciaux et par une tentative des producteurs américains de sauver leur peau.

Au Québec, l’imposition de tels droits touche directement une dizaine d’usines de Produits forestiers Résolu, Kruger et Papiers White Birch. Au total, ces usines comptent environ 2000 employés. Chez nous, c’est Kruger qui écope. L’usine de Trois-Rivières produit 150 000 tonnes métriques de papier journal, soit un peu moins que ses usines sœurs de Corner Brook et de Brompton.

La bonne nouvelle, c’est que les condamnations ont été rapides, vives et à l’unisson. Gouvernements, entreprises, syndicats, associations manufacturières, regroupements municipaux et autres groupes d’intérêt ont déploré cette décision déraisonnable et injustifiée à l’endroit du Québec «qui menace grandement la santé financière de notre industrie». Le Québec, a rappelé la ministre Dominique Anglade, génère environ 50 % des exportations canadiennes de ces types de papier vers les États-Unis. En 2016, nos voisins ont importé pour 1,27 milliard $ de papier non couché.

L’autre bonne nouvelle, c’est que ces mêmes acteurs n’entendent pas baisser les bras. On veut faire la démonstration que ces droits sont sans fondement devant le Département du commerce et devant les instances internationales si besoin est.

Il est nécessaire d’adopter un tel discours et de passer aux actes rapidement. Parce que l’imposition de tarifs douaniers risque de non seulement réduire la compétitivité des entreprises visées, mais aussi d’entraîner des pertes d’emplois dans les régions où l’industrie forestière et papetière occupe une place considérable dans le portrait économique.

Un peu comme c’est le cas chez nous, en Mauricie.