Martin Francoeur

Des milieux de vie et non de mort

ÉDITORIAL / Devrait-on tester systématiquement les aînés qui vivent en CHSLD ou dans des résidences privées? Quand on considère qu’environ le quart des résidences collectives pour personnes âgées au Québec comptent au moins un cas de COVID-19, il pourrait être sage d’envisager de tester rapidement leurs occupants, qui se retrouvent certainement parmi les citoyens les plus vulnérables.

L’idée fait d’ailleurs du chemin dans certaines résidences privées pour aînés. Les propriétaires de la résidence Villa Saint-Narcisse interpellent à cet effet le premier ministre Legault dans une lettre que nous publions également dans notre section «Carrefour des lecteurs». Ils suggèrent, avec raison, d’étendre le test du coronavirus «à tous les aînés qui demeurent présentement en résidence et à tout le personnel qui gravite autour de cette clientèle très vulnérable au virus».

De cette façon, estiment-ils, on pourrait avoir un portrait fidèle de la situation, ce qui permettrait de tracer une ligne claire et de prendre, conséquemment, «toutes les mesures qu’il faut pendant qu’il est encore temps».

Évidemment, un tel processus est complexe et coûteux. Mais puisque la tendance démontre clairement que les résidences pour personnes âgées constituent des milieux à haut risque de contamination, il ne faut négliger aucune initiative visant à freiner la propagation et limiter du même coup le nombre de décès liés à la COVID-19.

Le premier ministre Legault et la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, ont annoncé mercredi des mesures plus serrées concernant les pensionnaires et les employés des résidences pour aînés. Les allées et venues sont réduites au strict minimum et bien des questions demeurent en suspens concernant l’état réel de la situation dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés.

On sait déjà que la majorité, soit 88 %, des personnes décédées après avoir contracté le virus sont des personnes de 70 ans et plus et que la plupart d’entre elles vivaient en CHSLD ou en résidence privée pour aînés.

Dans la région, la situation est hautement préoccupante au CHSLD Laflèche, dans le secteur Grand-Mère, où l’on compte maintenant trois décès liés à la COVID-19 et au moins 40 cas de personnes qui ont contracté le virus, soit 28 résidents et douze employés. Les augmentations chaque jour sont considérables. Et à lui seul, cet établissement représente – si on compte les résidents et les membres du personnel – près de 20 % des cas recensés en Mauricie.

Ailleurs au Québec, des cas se multiplient dans des résidences et des CHSLD. À l’évidence, ces milieux de vie sont devenus des foyers d’éclosion importants et il devient urgent d’y multiplier les tests de dépistage. Après les masques et les équipements de protection, Québec craint maintenant de manquer de produits servant à effectuer ces tests. Mais sur une note plus encourageante, la ministre McCann a confirmé que la priorité allait être donnée aux résidents et aux membres du personnel de ces résidences pour aînés, ainsi qu’aux travailleuses et travailleurs en milieu hospitalier.

De cette façon, il sera possible d’avoir une idée plus précise des foyers d’éclosion, ce qui aura des conséquences directes sur l’utilisation de l’équipement de protection. Cela pourrait certainement contribuer à diminuer le risque de pénurie, notamment pour les masques.

On veut évidemment éviter des situations comme ce qui se produit présentement en Europe, en France plus particulièrement, où des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont décidé de confiner l’ensemble de leurs résidents et de leur personnel à même les résidences tellement le problème est rendu hors de proportions.

Même avec une aide de 133 millions $ annoncée lundi, la situation dans les résidences pour aînés est préoccupante. Et elle mérite la plus grande attention de la part des autorités.

Il faut, en somme, que ces établissements demeurent des milieux de vie et non des milieux de mort.