Des marques indélébiles?

Un jour, ils sont sur le point de signer. L’autre jour, ils sont très loin de s’entendre. Est-ce qu’il y aura finalement une entente entre la direction de l’Université du Québec à Trois-Rivières et son syndicat des professeurs? Quoi qu’il en soit, il serait fort étonnant qu’une nouvelle convention collective vienne calmer tous ces professeurs qui, visiblement, ont encore à travers la gorge le lock-out décrété par le recteur Daniel McMahon le 1er mai dernier. Cet «affront» va laisser des marques indélébiles qui risquent malheureusement d’empoisonner pour encore un bon bout de temps l’ambiance dans les couloirs de l’UQTR.

On n’a qu’à suivre les pages Opinions du Nouvelliste ces jours-ci pour constater que la colère des professeurs ne dérougit pas. Les profs de l’UQTR ne comprennent tout simplement pas les raisons qui ont poussé la direction à décréter sans avertissement un lock-out. Une décision qui a encore aujourd’hui des impacts majeurs sur le travail de ceux-ci et, conséquemment, sur le service offert aux étudiants.

Un sondage réalisé par le syndicat des professeurs de l’UQTR au milieu du mois de mai fait d’ailleurs le portrait de l’ampleur des dégâts: des étudiants qui n’ont pas encore reçu leurs notes, des projets de recherche qui ont été suspendus ou annulés, des étudiants au doctorat qui ont décidé de changer d’université, des demandes de subventions retardées ou compromises. Au total, selon les instances syndicales, les pertes sont évaluées à 13 millions de dollars.

Mais il y a plus. Les professeurs de l’UQTR ainsi mis en lock-out se sont sentis inconsidérés dans la nature même de leur travail axé sur le partage du savoir et sur la recherche. Comme si cette décision sans appel venait briser un lien de confiance et un préjugé favorable qu’il sera extrêmement difficile à rétablir.

Daniel McMahon devra sortir ses meilleurs arguments pour rétablir les ponts. Tout au long du conflit qui perdure, le recteur trifluvien a répété que ses actions visaient à redonner une santé financière à l’UQTR. On le comprend, mais il reste encore beaucoup de questions sans réponse qui attisent l’incompréhension et le mécontentement des profs. Pourquoi ne pas avoir laissé un peu plus de temps aux négociations alors que la convention n’est échue que depuis juin 2017? Pourquoi ne pas avoir écouté la ministre lorsqu’elle lui a proposé des pistes de solution et lui a demandé de mettre fin au lock-out? Pourquoi avoir décidé aussi cavalièrement de mettre dans l’embarras des centaines de professeurs et d’étudiants?

Résultat: on a vraiment l’impression que les professeurs ne s’arrêteront que lorsqu’ils auront eu la tête de leur recteur. En décrétant un lock-out, Daniel McMahon n’a pas déclaré la guerre à un syndicat ordinaire. Il s’est attaqué à un groupe de libres-penseurs qui peuvent, on le voit, s’organiser pour manifester avec éloquence et insistance leur frustration et leur ressentiment. Et comme si ce n’était pas assez, les négos semblent soudainement plus ardues qu’on le croyait.

Où tout cela s’arrêtera-t-il? Est-ce que la nouvelle convention viendra calmer le jeu? Quand on connaît la situation précaire de l’UQTR, il serait surprenant que les professeurs sortent de ce processus pleinement satisfaits. Toute cette saga affectera sûrement leur motivation et leur implication dans les prochains mois. C’est compréhensible mais dommage en même temps pour les étudiants qui pourraient une fois de plus devenir des victimes collatérales.

Chose certaine, le recteur n’a pas fini d’être la cible des critiques de profs de l’UQTR. Espérons pour lui que cette rigidité lui permettra au moins d’atteindre son objectif budgétaire parce que le prix à payer sera visiblement très élevé. À moins que cette «job de bras» de M. McMahon, qui ne doit être en poste que pour un seul mandat, soit plus orchestrée qu’on le croit avec le ministère pour établir un modèle de négociations exportable dans les autres universités…