Des maires qui font fausse route

Mais quelle mouche a donc piqué les élus de ces municipalités qui demandent au gouvernement du Québec de faire marche arrière ou de décréter un moratoire concernant le registre des armes à feu? D’où vient donc ce soudain élan de mécontentement qui les pousse à vouloir, au fond, faire plaisir à quelques chasseurs de leur coin? Une telle position, de la part de gouvernements municipaux, est à la fois préoccupante et déplacée.

Après Hérouxville et Trois-Rives, qui ont adopté une résolution pour demander un moratoire au gouvernement à propos du registre, voilà que d’autres municipalités comme Saint-Alexis-des-Monts s’apprêtent à emboîter le pas. Et le maire d’Hérouxville entend profiter de son statut de préfet de la MRC de Mékinac pour encourager ses collègues maires à faire de même. Ça, c’est pitoyable.

D’abord, on se demande bien dans quel intérêt les municipalités décident d’intervenir sur une question aussi sensible. Une question qui, de surcroît, ne les regarde pas. Il est normal de voir des conseils municipaux ou des maires interpeller, à l’occasion, les gouvernements supérieurs sur certaines questions. Mais habituellement, ils le font lorsque leur propre palier de gouvernement est aussi concerné, directement ou indirectement.

Ce n’est certainement pas le cas pour le registre des armes à feu. On peut alors difficilement voir cette intervention spontanée comme étant idéologique ou politique. Histoire, sans doute, de se faire apprécier par une certaine clientèle électorale.

Ensuite, on peut se demander où étaient donc ces municipalités au milieu des années 90, quand le gouvernement de Jean Chrétien a maladroitement mis en place le registre fédéral des armes à feu, devenu gouffre financier et aboli en 2012. Où étaient-elles en 2015, quand Québec a décidé d’aller de l’avant avec son propre registre? Où étaient-elles au printemps 2016, alors que se tenaient les commissions parlementaires sur le projet de loi 64 sur l’immatriculation des armes à feu?

Doit-on, ici, rappeler aux élus municipaux en question que la loi est adoptée depuis le 9 juin 2016? Et elle l’a été par une vaste majorité de députés à l’Assemblée nationale: 99 pour et 8 contre. Elle est entrée en vigueur le 29 janvier 2018 et la date limite pour l’enregistrement était, en principe, le 29 janvier dernier.

Soudainement, on voudrait revenir en arrière? Ça ne fait pas très sérieux. Oui, il fallait des ajustements à la procédure d’enregistrement et certains ont déjà été annoncés par la ministre Geneviève Guilbault la semaine dernière. L’abolition de quelques irritants a été bien accueillie, même par les chasseurs.

Il y a encore du travail pour convaincre les propriétaires d’enregistrer leurs armes, conformément à la loi, mais c’est normal.

Un choix de société a été fait. Ceux qui y étaient opposés ont eu l’occasion de faire valoir leur point de vue. Mais étirer ainsi le débat est inutile. Les municipalités ont certainement d’autres dossiers à gérer ou d’autres causes dans lesquelles elles peuvent encore se faire entendre.

Le registre des armes à feu sert à réduire les risques de tragédies comme celle de la mosquée de Québec, de Polytechnique, de Dawson. Ce n’est pas vrai qu’il faut réduire le débat à des phrases creuses comme celles qu’on entend chez nos voisins du sud: «le problème n’est pas l’arme à feu mais la personne qui la manipule». Ce n’est pas vrai qu’il s’agit d’un débat exclusivement émotif. Ce n’est pas vrai, non plus, que c’est un débat entre la métropole et les régions.

Il est établi que les procédures d’enregistrement et les systèmes de permis ont un impact direct sur la circulation des armes à feu. Il faut aussi rappeler aux élus qui viennent de se réveiller que le registre a reçu l’appui des instances policières, de l’Institut national de santé publique du Québec et d’une large proportion de la population québécoise, selon un sondage dévoilé par PolySeSouvient.

On pourrait leur rappeler, enfin, qu’ils ont été élus pour gérer une municipalité. Pas pour relancer des débats de société pour des considérations et des convictions personnelles.