Des libéraux qui n’y pouvaient rien

Le réveil a sans doute été dur, mardi matin, pour ceux qui étaient, encore quelques heures auparavant, les quatre députés libéraux de la Mauricie. Des députés sortants qui ont effectivement été sortis. S’il y a une mince consolation que ces candidats peuvent avoir, c’est qu’ils n’y pouvaient absolument rien tellement la vague caquiste était plus puissante que pressentie.

Sans doute encore sonnés par la défaite de lundi soir, Jean-Denis Girard, Marc H. Plante, Pierre Michel Auger et Pierre Giguère peuvent partir la tête haute. Dans un contexte comme celui de cette surprenante élection, on a beau avoir été présent dans la circonscription, jouir d’une notoriété due à la fonction de député, avoir des personnalités attachantes, régler efficacement les dossiers de comté, rien n’y fait.

Lundi soir, les électeurs ont voté davantage pour un parti et encore bien davantage pour un changement, que pour des candidats et des candidates.

Quand des ministres comme Pierre Moreau, Lucie Charlebois, Dominique Vien, François Blais, Luc Fortin et Stéphane Billette tombent au combat, ça laisse bien peu de chances à des députés, même si ce sont des travailleurs acharnés. Il est intéressant de se demander si même Julie Boulet aurait pu, dans un tel contexte, survivre à ce raz-de-marée caquiste. Dans le Québec francophone et dans les régions hors métropole et hors capitale – deux identifiants qui collent parfaitement à la Mauricie –, ce balayage était quasi total.

On peut penser ce qu’on veut des libéraux. On peut ne pas avoir une opinion favorable des représentants de ce parti dans la région. Mais les quatre députés sortants ont fait un travail qui mérite le respect. Et peu importe l’allégeance politique, il convient de souligner le courage, le dévouement, la disponibilité et, de façon générale, l’acharnement de ceux qui, aujourd’hui, doivent céder leur place.

Être un élu, peu importe le niveau de gouvernement, n’est pas une tâche facile. À l’ère des médias sociaux, non seulement les critiques sont devenues faciles et instantanées, mais les attaques et les blagues de mauvais goût le sont aussi. Ajoutons à cela la multiplication des activités auxquelles ces hommes et ces femmes doivent prendre part, les agendas qui se remplissent, le va-et-vient incessant entre la circonscription et le Parlement, la diminution du temps consacré à la famille et ça donne des conditions de travail qui ne sont pas reposantes et font l’envie de pas grand monde.

Bien sûr qu’ils sont payés pour. Bien sûr qu’ils ont des allocations de dépenses. Bien sûr qu’ils ont des avantages que d’autres n’ont pas. Mais il reste que faire de la politique et se retrouver sur un siège éjectable, c’est foncièrement ingrat. Ainsi fonctionne notre démocratie, dira-t-on, mais il reste que sur le plan humain, ça reste rude.

S’il faut saluer la victoire des nouvelles et nouveaux députés et leur souhaiter du succès dans leurs nouvelles fonctions, il convient aujourd’hui de donner un coup de chapeau à ces hommes et à ces femmes qui ont représenté la région à Québec au cours des dernières années. Leurs positions ont pu être discutables parfois, leurs idées pouvaient ne pas être partagées par tout le monde, leur «culpabilité par association» dans les décisions impopulaires devenait parfois un handicap. Mais au final, ils méritent un coup de chapeau.

Il importe aussi, en terminant, de féliciter ceux et celles qui ont été candidats ou candidates et qui n’ont pas remporté l’élection lundi soir. C’est un engagement qui les honore.