Des jeunes qui se font entendre

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose de rassurant dans le fait que des jeunes du secondaire se lèvent, prennent la parole, marchent dans les rues, invitent à l’action et posent eux-mêmes des gestes concrets pour l’environnement. Cette génération, qui assimile déjà plusieurs comportements écoresponsables et qui comprend mieux que la plupart de leurs aînés l’urgence d’agir en matière de réchauffement climatique, semble plus que jamais déterminée à se faire entendre et à rappeler les élus à l’ordre. C’est assurément une voix forte, qui doit être entendue.

L’indignation de plusieurs étudiants de cinquième secondaire, la semaine dernière, face à la formulation d’une question sur les changements climatiques posée par le ministère de l’Éducation dans le cadre de l’épreuve de français, en dit long sur leur degré de sensibilité. Au lieu d’aborder l’enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique, cette question demandait aux élèves d’expliquer s’il est possible de s’adapter aux impacts de ces changements. La formulation déçoit et le timing d’une telle question est mauvais: cela fait plusieurs mois que des jeunes de partout au Québec – et d’ailleurs dans le monde – se mobilisent pour réclamer des actions climatiques plus ambitieuses de la part des gouvernements.

D’abord regroupés sur une page Facebook intitulée «Examen du ministère 2019» – qui compte environ 37 000 membres –, les jeunes contrariés ont poussé plus loin leur action au cours des derniers jours. Certains d’entre eux, dont le jeune Trifluvien Francis Larouche, ont créé un mouvement appelé Le Cercle Vert pour interpeller les élus. Mercredi, ce nouveau groupe comptait environ 2500 membres sur Facebook.

Les députés de l’Assemblée nationale ont d’ailleurs dû faire le saut, mercredi, en voyant atterrir dans leur messagerie électronique plusieurs copies d’un même courriel, relayé par des dizaines d’élèves de cinquième secondaire. Le message est signé par «Le Cercle Vert» et propose un «examen de conscience» aux parlementaires.

«Il y a quelques jours, nous, élèves de cinquième secondaire, vous avons présenté une lettre ouverte afin de compléter notre cheminement au secondaire et ainsi obtenir notre DES. Sous des consignes strictes et précises, vous nous avez demandé de répondre à la question suivante: Peut-on s’adapter aux changements climatiques? Aujourd’hui, nous croyons qu’il est maintenant à vous, gouvernement et hauts dirigeants, de respecter les consignes et surtout, la volonté d’un peuple, d’une génération.»

On leur donne ensuite la question et les consignes pour cet «examen de conscience»: «Peut-on réellement compter sur le gouvernement du Québec dans la lutte aux changements climatiques? Vous devez mettre l’emphase sur le mot urgence dans l’expression urgence climatique. Vous devez, en tant que représentants d’une population diversifiée en âge, en genres et en cultures, représenter l’intérêt de tous et ce, même des générations futures. Vous devez, et ce dès maintenant, mettre en place des solutions concrètes face aux différents problèmes actuels ou futurs en lien avec les changements climatiques. Il est à noter que vous n’aurez droit à aucun temps supplémentaire.» Et c’est signé par «Le Cercle Vert».

La lettre en question a été envoyée à environ 150 destinataires, principalement les députés de l’Assemblée nationale et les différents médias.

La moindre des choses serait que les députés interpellés par ces jeunes fournissent une réponse. Ou mieux encore, un engagement. La plupart des étudiants qui ont pris la peine de relayer le message n’ont pas droit de vote, mais ils sont directement concernés par les décisions gouvernementales et l’impact qu’auront celles-ci sur notre planète.

«On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter», disait la célèbre chanson d’Harmonium. Ces paroles datent d’il y a quarante-cinq ans. Et rarement auront-elles été plus actuelles.