Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
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Des départs préoccupants

ÉDITORIAL / Entre le mois de mars et le mois d’août, 247 infirmières et auxiliaires ont quitté leur emploi sur le territoire du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. 

C’est une hausse de 72 % par rapport à la même période en 2019. Voilà une situation extrêmement préoccupante qu’il faut rapidement prendre au sérieux, surtout dans le contexte de pandémie et de deuxième vague attendue.

Radio-Canada publiait mardi des données qui témoignent de ce phénomène de désertion massive de la profession durant la pandémie de COVID-19. Les craintes de contracter le virus et la surcharge de travail seraient en bonne partie responsables de ces départs, qu’il s’agisse de démissions ou de retraites. Les données provenant de treize établissements de santé du Québec démontrent que ce sont plus de 1700 infirmières qui ont quitté le métier pendant cette période, soit 400 de plus que pour la même période en 2019.

Mais en Mauricie et au Centre-du-Québec, la hausse est encore plus spectaculaire (+ 72 %). En fait, il n’y a que le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal qui enregistre une hausse supérieure (+ 132 %) des départs d’infirmières. Trois autres CISSS ou CIUSSS ont vu leurs infirmières quitter leur emploi dans une proportion supérieure à 50 % par rapport à l’année dernière.

Dans plusieurs régions, les embauches ont en bonne partie compensé les départs. Même qu’en certains endroits, il y a eu des gains nets en raison des nouvelles embauches. Mais en Mauricie et au Centre-du-Québec, le défi reste de taille. Une porte-parole du CIUSSS insistait sur le fait qu’une telle situation n’allait pas se régler en peu de temps et que l’institution continuait de chercher des pistes de solutions, en collaboration avec les syndicats et le personnel. La région a déjà affronté une importante pénurie de médecins, au début des années 2000, puis une pénurie de préposés aux bénéficiaires tout récemment. Cette fois, les départs massifs d’infirmières pourraient avoir un impact sur les soins offerts dans certains établissements de la région.

La députée libérale de Verdun à l’Assemblée nationale et marraine de la Mauricie pour l’opposition officielle, Isabelle Melançon, a soulevé la question, mercredi, lors de la période de questions. «Avec l’arrivée de la deuxième vague, le ministre de la Santé peut-il rassurer les citoyens de la Mauricie, à savoir s’il va y avoir des soins de santé pour la population? Et nous aimerions avoir votre plan pour régler cette situation.»

C’est finalement la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, qui a répondu, se disant interpellée par cette question. Ayant récemment rencontré des représentants syndicaux de la Mauricie, elle s’est dit bien au fait des enjeux et a indiqué que l’objectif était de stabiliser les équipes de travail et de faire en sorte qu’il puisse y avoir une embauche massive.

Stabiliser les équipes de travail n’est pas une mince affaire, surtout en contexte de négociation et en contexte de pandémie. La semaine dernière, des infirmières de la Montérégie ont refusé d’entrer au travail parce qu’elles craignaient pour leur sécurité et pour la sécurité des patients. Ces derniers jours, la fermeture de l’unité des soins intensifs de l’hôpital de Gatineau en raison de la multiplication des absences a provoqué, avec raison, la colère des citoyens et des élus de l’Outaouais. De telles situations risquent de se reproduire un peu partout et c’est ça qui est inquiétant.

La rupture de services dans les centres hospitaliers est la dernière chose que la région a besoin dans un contexte de pandémie. Les dirigeants du réseau de la santé doivent impérativement déployer des mesures visant à accroître l’attraction favoriser la rétention du personnel infirmier. Ce n’est pas normal de voir des infirmières et infirmiers d’expérience quitter abruptement la profession parce qu’elles et ils sont à bout de souffle, démotivés ou inquiets pour leur santé et leur sécurité. Les derniers mois ont ajouté une pression considérable sur ces hommes et ces femmes.

La négociation en cours est évidemment teintée par ces histoires tristes et ces situations exceptionnelles des derniers mois. Mais il est important, pour rendre la profession attrayante et ainsi espérer favoriser à la fois les inscriptions dans les programmes de formation et les nouvelles embauches, de redonner un peu de souffle à ces employés et d’accorder les ressources en conséquence.