Stéphan Frappier
Des manifestations ont éclaté aux quatre coins de l’Amérique pour dénoncer cet acte policier barbare.
Des manifestations ont éclaté aux quatre coins de l’Amérique pour dénoncer cet acte policier barbare.

Dénoncer sans casser

ÉDITORIAL / Imaginez si George Floyd avait été votre frère. Imaginez de le voir au sol, écrasé comme un vulgaire moustique, suppliant qu’on le libère de sa fâcheuse position parce qu’il ne parvient plus à respirer. De le voir mourir ainsi, en plein jour et en pleine rue, sous le poids de l’indifférence et du racisme.

Les images qui ont maintenant fait le tour du monde sont révoltantes. On y voit carrément l’assassinat d’un homme par des policiers du Minnesota. Pourquoi? Parce que cet homme était noir. Aussi simple et épouvantable que ça. Une scène difficilement concevable en 2020 mais qui, malheureusement, existe encore.

Dans le monde contemporain dans lequel nous vivons, personne ne devrait subir un tel sort en raison de ses croyances religieuses, de sa couleur de peau ou de son orientation sexuelle. Un point, c’est tout.

Il fallait s’y attendre, des manifestations ont éclaté aux quatre coins de l’Amérique pour dénoncer cet acte policier barbare. On peut comprendre cette colère collective et on ne peut qu’espérer qu’elle viendra mettre suffisamment de pression politique pour que les auteurs de ce meurtre soient sévèrement punis et, surtout, pour que plus jamais un tel événement ne se reproduise.

Ces manifestations sont légitimes, mais il ne faudrait quand même pas tomber dans l’excès comme on l’a vu dimanche à Montréal. Il est d’ailleurs inconcevable de dénoncer la violence par la violence. On le sait, certains casseurs n’attendent que ces regroupements massifs pour attiser le feu, provoquer les forces de l’ordre et espérer que celles-ci commettront des erreurs. D’autres manifestations sont prévues au cours des prochains jours, ce qui n’est peut-être pas la meilleure des choses à faire alors que la pandémie est loin d’être endiguée à Montréal. 


« Encore une fois, une minorité de manifestants se feront un plaisir de foutre le bordel pour mettre à l’épreuve les policiers... et se plaindre après s’ils sont ''victimes'' d’interventions physiques. »
Stéphan Frappier

On le répète, il est tout à fait justifié de manifester son haut-le-cœur et sa colère devant un acte aussi violent et archaïque. Mais est-il possible de le faire dans l’ordre? Surtout qu’ici, au Canada, la problématique est assurément moins criante qu’aux États-Unis où les injustices ethniques sont encore nombreuses. Les premiers ministres du Québec et du Canada, la mairesse de Montréal et même le SPVM ont d’ailleurs tous vivement décrié les événements qui ont provoqué la mort de George Floyd.

On ne peut pas en dire autant du président américain Donald Trump qui, pendant ce temps, continue à prendre plaisir à diviser ses concitoyens. Ses actions (ou inactions) sont la principale source de toute cette rage collective et il ne fait absolument rien pour calmer le jeu. On en vient à se demander où s’arrêtera cette violence qui était latente en raison des ravages de la pandémie (qui touche plusieurs immigrants d’ailleurs) et qui vient d’exploser avec ce qui s’est passé au Minnesota. C’est inquiétant.

On a souvent critiqué Justin Trudeau d’en faire trop pour intégrer les minorités et réparer certaines erreurs du passé. On réalise aujourd’hui qu’on n’en fera jamais assez pour enrayer une fois pour toutes le racisme et l’intolérance.