Martin Francoeur
Andrew Scheer
Andrew Scheer

Démocratie ou partisanerie?

ÉDITORIAL / Le chef conservateur Andrew Scheer semble avoir une définition très stricte ou une interprétation très rigoureuse de ce que doit être la démocratie fondamentale. En cette période de crise, les conservateurs sont en train de transformer en débat purement partisan une revendication qui, bien qu’elle ne soit pas dénuée de sens sur le fond, devient difficilement justifiable dans le contexte d’une crise sanitaire.

Les travaux parlementaires ont repris, lundi à Ottawa, cinq semaines après avoir été suspendus en raison de la pandémie. Le Parti conservateur avait refusé de prolonger la suspension des travaux parlementaires et réclamait toujours la tenue de trois séances de la Chambre des Communes par semaine. Or, le gouvernement libéral a déposé une motion concrétisant une entente intervenue avec le Bloc québécois et le NPD quant à la tenue d’une séance hebdomadaire en personne et deux autres par le biais de moyens virtuels.

Il n’en fallait pas plus pour qu’Andrew Scheer joue les vierges offensées et crie au déni de démocratie. C’est de la partisanerie mal placée.

D’abord, il faut savoir que les négociations entre les partis représentés à la Chambre des Communes avaient déjà obligé les libéraux à accepter de siéger une fois en personne plutôt que de reprendre les travaux uniquement en mode virtuel comme ils l’auraient souhaité. Les bloquistes et les néo-démocrates ont jugé que c’était déjà un bout de chemin significatif et s’en sont accommodés.

On ne peut certainement pas être contre la vertu. Sur le fond, les conservateurs n’ont pas tort de réclamer des occasions de questionner le gouvernement sur sa gestion de la crise. Mais dans les circonstances d’une urgence sanitaire, il faut accepter d’aménager les travaux parlementaires pour éviter de devoir rappeler au travail des dizaines voire des centaines d’employés pour faire fonctionner la Chambre des Communes.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet s’est une fois de plus montré bon joueur en acceptant le compromis et en soulevant le caractère partisan de la démarche de l’opposition officielle. L’utilisation et la prise d’otage des institutions parlementaires à des fins partisanes, a-t-il dit, n’est certainement pas de nature à enthousiasmer les gens sur nos institutions et les personnes qui les occupent.

Voilà, en effet, une situation qui pourrait alimenter le cynisme de la population envers les institutions politiques, ce qui est loin d’être souhaitable en temps de crise. 


« L’entêtement des conservateurs est déplacé et montre le côté désagréable de la politique partisane. »
MARTIN FRANCOEUR

Le chef Andrew Scheer a beurré un peu épais en se présentant comme «l’unique défenseur de la démocratie» et en qualifiant Yves-François Blanchet de cheerleader du premier ministre Justin Trudeau.

Oui, le Parlement est un service essentiel comme le fait remarquer M. Scheer. Mais il n’y a pas de dysfonctionnement et avec un peu d’imagination, de technologie et surtout de bonne volonté, on peut le faire fonctionner presque normalement. Plusieurs pays ont trouvé, déjà, des façons originales et tout à fait acceptables de le faire. Un projet de parlement virtuel en temps de crise ne vise pas, contrairement à ce que prétend M. Scheer, à censurer les débats.

Il est vrai que lors de la Deuxième Guerre mondiale, le premier ministre britannique Winston Churchill plaidait pour que le Parlement se réunisse à fréquence régulière. Mais la transposition de ce beau principe presque huit décennies plus tard est maladroite puisqu’il y a des contraintes liées aux mesures sanitaires de confinement et de distanciation physique.

Les gouvernements doivent rendre des comptes, particulièrement en temps de crise. Et alors que les autres partis s’entendent pour trouver des façons acceptables de le faire, les conservateurs font bande à part et jouent la carte partisane en l’enveloppement dans des principes démocratiques.

Ils ressortiront perdants de ce bras de fer, dans l’opinion publique du moins.