Défis et contradictions

La rareté de la main-d’œuvre qui frappe la quasi-totalité des régions du Québec depuis plusieurs mois constitue un défi majeur pour les employeurs. Plus tôt cette semaine, le premier ministre Philippe Couillard a présenté la première «Stratégie nationale de la main-d’œuvre», qui aborde évidemment la question de l’immigration pour combler certains besoins. Presque simultanément, il était question de thèmes semblables du côté du Parti québécois, alors que le chef Jean-François Lisée parlait de mesures visant à régionaliser davantage l’immigration, notamment pour contrer les effets de la pénurie de main-d’oeuvre.

Voilà des objectifs bien louables, qui arrivent dans un contexte économique clairement favorable. En Mauricie et au Centre-du-Québec, le taux de chômage a rarement été aussi bas. Mais d’autres statistiques sont beaucoup moins reluisantes en ce qui a trait à l’emploi.

La Mauricie affichait, en avril, un taux de chômage de 5,5 %, ce qui la place dans la moyenne québécoise en cette matière. Mais il faut regarder un peu du côté du taux d’activité (51,8 %) et du taux d’emploi (49,5 %) pour constater que la région est loin de faire bonne figure au Québec. Des régions centrales avec un pôle urbain majeur comme l’Estrie, l’Outaouais ou même le Saguenay–Lac-Saint-Jean, affichent des taux d’emploi et des taux d’activité qui tournent autour de 60 % en moyenne. Même des régions dites éloignées comme la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent, la Côte-Nord, l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec, font mieux que la Mauricie à ces chapitres.

La Mauricie compterait environ 7000 chômeurs et 6000 prestataires de l’aide financière de dernier recours jugés aptes au travail.

S’il y a des emplois disponibles dans la région, on peut donc dire qu’il y a aussi, quand même, pas mal de monde disponible pour en combler.

Le problème, c’est que beaucoup d’entreprises cherchent une main-d’œuvre qualifiée. Et dans ce cas, c’est davantage un défi de formation de la main-d’oeuvre que d’apport massif de nouveaux travailleurs. La nouvelle Stratégie proposée par les libéraux devient alors tout à fait pertinente.

Mais comme l’un n’empêche pas l’autre et que certains types d’emplois peuvent facilement être comblés par des nouveaux arrivants, l’immigration régionale est aussi une voie à explorer, à encadrer et à valoriser. À ce chapitre, les propositions du Parti québécois sont pertinentes, même s’ils s’apparentent parfois à des voeux pieux.

Un gouvernement péquiste se donnerait comme objectif d’attirer un immigrant sur quatre dans les régions, et ce, dès son premier mandat. Actuellement, environ 90 % des néo-Québécois s’installent dans la région de Montréal. Le moyen proposé par le PQ pour atteindre cette cible est simple: accorder davantage de points dans la grille de sélection des travailleurs qualifiés à une offre d’emploi validée en région. On parle même d’accorder des points supplémentaires dès qu’un immigrant manifeste l’intention de s’installer en région, même sans offre d’emploi.

Le problème, c’est que si l’objectif est là, les moyens et les ressources ne suivent pas. Ça fait au moins vingt ans qu’on veut régionaliser l’immigration. Et tout ce qu’on a trouvé d’«intelligent» à faire, c’est fermer les bureaux régionaux du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, en 2014. Même si on a annoncé, en décembre dernier, qu’on allait rouvrir des bureaux régionaux et y déployer de nouveaux services, rien ne semble encore avoir été fait en ce sens.

Pourtant, l’immigration en région est généralement une réussite sur le plan de l’intégration et de la francisation, notamment en raison de la concertation d’intervenants et de la solidarité des milieux.

À n’en pas douter, l’immigration sera un thème important de la campagne électorale qui s’amorce. Pour une région comme la nôtre, il faudra le conjuguer étroitement avec celui de la main-d’œuvre. Ce n’est pas un petit défi.