Défendre, valoriser et expliquer...

ÉDITORIAL / «Il ne saurait y avoir de pleine démocratie sans accès à une information transparente et fiable. La liberté de la presse est la pierre angulaire de l’édification d’institutions justes et impartiales; elle permet aussi de mettre les dirigeants devant leurs responsabilités et d’exprimer la vérité face aux puissants.»

Ces mots sont ceux du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, prononcés en marge de la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui a lieu en ce 3 mai. Des mots qui résonnent et qui prennent une dimension encore plus forte dans cette ère de désinformation, de fausses nouvelles, de méconnaissance du rôle des médias ou de dénigrement de ces derniers.

Les raisons pour lesquelles on souligne, ici au Canada, cette Journée mondiale de la liberté de la presse, sont nombreuses. Bien sûr, on se joint au concert de nations, d’organismes et d’individus qui plaident pour une plus grande liberté de la presse dans des pays où les journalistes sont encore muselés, contrôlés, emprisonnés ou assassinés, où les médias sont la plupart du temps des organes de propagande. Mais nous avons la chance de vivre dans une société où la presse est libre et responsable. Les enjeux ne sont donc pas les mêmes.

S’il survient de temps à autre des entraves à la liberté de la presse, notamment par des tentatives d’empêcher les journalistes de faire leur travail ou d’informer adéquatement la population, nous pouvons être fiers de vivre dans un pays où de tels épisodes sont des exceptions.

Le monde de la presse vit ici des problèmes d’une tout autre nature. D’abord, la survie même de plusieurs organes de presse est menacée, notamment par les fuites de revenus publicitaires vers des géants du web qui ne contribuent pas au bien commun à la hauteur des revenus qu’ils siphonnent. Ensuite, les médias sont confrontés à une crise de confiance principalement attribuable à tout ce qui circule sur les réseaux sociaux. On croit que la presse est à la solde d’intérêts politiques ou corporatifs. On confond les genres journalistiques. On distingue mal le journalisme d’opinion et le journalisme factuel. On a de la difficulté à faire la différence entre les fausses nouvelles et les vraies.

À preuve, ce sondage mené pour la Fondation pour le journalisme canadien, dont les résultats ont été dévoilés jeudi et qui démontre que pas moins de 40 % des Canadiens se sentent peu ou pas habilités à faire la différence entre une information factuelle et une fausse information partagée dans les médias. De plus, près de la moitié (48 %) des personnes interrogées avouaient avoir du mal à faire la distinction entre le journalisme factuel et les «fake news». C’est préoccupant.

Il y a tout un travail d’éducation à faire – ou à refaire – pour que la population et les jeunes, plus particulièrement, puissent qualifier correctement l’information à laquelle ils sont exposés chaque jour. Il faut désormais douter, vérifier, valider. Et dans tout ce processus, les médias dits «traditionnels» demeurent encore, heureusement d’ailleurs, une source d’information fiable.

Pourquoi? Parce que ce sont des journalistes professionnels et indépendants qui traitent l’information, qui questionnent les élus, qui vulgarisent, qui mettent en contexte, qui fouillent. On ne compte plus le nombre de dossiers journalistiques qui ont contribué à mettre au jour des pratiques douteuses, frauduleuses ou criminelles, à lever le voile sur des systèmes de collusion ou de corruption, à faire parler des victimes de tout acabit. Les exemples qui viennent confirmer la nécessité d’une presse forte, libre et indépendante sont nombreux.

De plus en plus, les travailleurs de l’information ne doivent pas se contenter de célébrer la liberté de presse. Ils doivent la défendre, la promouvoir, la valoriser et l’expliquer. Le 3 mai ou n’importe quel autre jour de l’année.