Décalage philosophique

ÉDITORIAL / Imaginez un instant si ça vous arrivait. Un bon jour, des individus débarquent chez vous, s’installent sur votre terrain, vous jettent dehors et commencent à liquider ce qui vous appartient. Ce qu’on vous reproche est un peu vague, mais cela ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent chez vous.

C’est à cette frustrante réalité qu’est confronté le propriétaire de Zoo de Saint-Édouard, Normand Trahan, et aucune instance supérieure ne semble être en mesure d’intervenir pour à tout le moins clarifier la situation avant de littéralement rayer de la carte cet important site touristique de la Mauricie. C’est en conférant des pouvoirs excessifs à un organisme militant et non objectif que les autorités judiciaires et politiques se font complices d’une charge à la fois discutable et préjudiciable.

Il n’est pas question ici de remettre en question les fondements de la Loi sur la cruauté envers les animaux. C’est plutôt l’organisme chargé de les appliquer qui fait un travail de démolition démesuré. Est-ce que le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard avait des correctifs à apporter à ses installations? Probablement. Est-ce que cela exigeait de l’expulser de son terrain et de le traîner comme un vulgaire malfrat devant les tribunaux? Est-on réellement en présence d’un cas de cruauté animale? Un avertissement ou une suspension temporaire d’exploitation n’auraient-ils pas l’affaire? En tout cas, rien de ce qui a été dévoilé publiquement jusqu’à présent ne justifie un traitement aussi dévastateur. Et, habituellement, ces organismes ne se gênent pas pour diffuser les images qui illustrent les mauvais traitements réservés à des animaux.

Cette prise de possession du Zoo de Saint-Édouard est encore plus incompréhensible que son propriétaire avait en main tous les permis gouvernementaux requis. Appelée à aller inspecter les lieux, la propriétaire de Zoo Académie, Jacinthe Bouchard, estime qu’il n’y a pas lieu ici de parler de cruauté et se questionne même sur les aptitudes de la SPCA de Montréal à prendre soin adéquatement des animaux sur place. Qu’à cela ne tienne, les dirigeants de l’organisme gardent le cap et envisagent de recommencer à déménager des animaux sous d’autres cieux même si on est en attente d’une audition en annulation de mandats de perquisition. Ceux-ci disent maintenant avoir l’aval de la CNESST pour déplacer les bêtes qui seraient menacées par des installations désuètes. Parfait, mais le propriétaire ne devait-il pas justement faire des rénovations avant la saison estivale? De toute évidence, ces grands protecteurs de la santé animale ne s’arrêtent pas aux nuances et veulent agir rapidement pour qu’il soit pratiquement impossible de rouvrir un jour les installations au public. Qui peut les empêcher de faire ça? Visiblement personne.

Peu importe son dénouement final, le dossier du Zoo de Saint-Édouard devra inciter le gouvernement et l’appareil juridique à revoir les pouvoirs consentis à la SPCA de Montréal. Est-il normal de donner à un organisme militant la responsabilité d’appliquer cette loi sur la cruauté animale? N’y a-t-il pas conflit d’intérêts? C’est comme si on avait demandé à l’époque à des manifestants pro-vie de faire le procès du docteur Morgentaler! Il y a beaucoup de questions qui méritent des réponses. Des réponses qui pourraient permettre au propriétaire du Zoo de Saint-Édouard d’avoir droit à un dédommagement si ce genre de démarche est finalement jugée excessive et militante.

Heureusement, les milieux touristique et politique de la région se mobilisent pour soutenir le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard et pour ralentir le rouleau compresseur initié pas les porte-parole de la SPCA.

Ce n’est pas la première fois que les représentants de la SPCA de Montréal sévissent en région. Ils ont contribué à faire fléchir les genoux au Festival western de Saint-Tite et au Festival de Sainte-Perpétue, et maintenant ils sont en train de démanteler un zoo. On le répète, les cas de cruauté animale doivent être dénoncés et punis. Mais il faut des preuves indéniables et une analyse objective des dossiers avant d’en arriver à des mesures aussi draconiennes qui mettent littéralement en péril la survie des entreprises.

Une objectivité dont la SPCA de Montréal est philosophiquement incapable.