D’autres signaux alarmants

ÉDITORIAL / Qu’il est donc laborieux de se sortir des statistiques démographiques peu reluisantes! La Mauricie, une fois de plus, obtient un bulletin qui laisse perplexe, cette fois sur le vieillissement de la population. La région, malgré son caractère central, son université, ses collèges et son coût de la vie relativement peu élevé, ne parvient pas à calquer sa pyramide des âges sur celle de la moyenne québécoise. La Mauricie est encore parmi les régions où le pourcentage de personnes âgées de 65 ans et plus est le plus élevé au Québec.

Ce sont les plus récentes données parues dans le «Coup d’œil sociodémographique» de 2018, de l’Institut de la statistique du Québec, qui le confirment. Presque un quart, soit 24,6 %, de la population de la Mauricie est âgée de 65 ans et plus. Cela propulse la région au troisième rang des régions les plus âgées du Québec. Seuls la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (26,5 %) et le Bas-Saint-Laurent (25 %) devancent la Mauricie. Pour l’ensemble de la province, la proportion de 65 ans et plus n’est que de 18,8 %. Le phénomène est d’autant plus inquiétant à Shawinigan et dans la MRC de Mékinac, où la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus se rapproche davantage du tiers (30 % et plus) que du quart ou du cinquième.

On se doute bien que si la région se retrouve dans le peloton de tête des régions où la proportion de personnes de 65 ans et plus est la plus élevée, elle risque de se retrouver aussi parmi les régions où l’âge moyen est le plus élevé. Il est de 46,1 ans en Mauricie. À ce chapitre encore, elle se retrouve au troisième rang, devancée par les deux mêmes régions. Au Québec, l’âge moyen est de 42,3 ans.

Inversement, la région affiche une proportion de personnes de moins de 20 ans (17,9%) parmi les plus basses au Québec.

Tous les indicateurs démographiques sont au rouge pour la Mauricie. Et ça fait longtemps que c’est ainsi. Pourtant, on semble avoir encore beaucoup de difficulté à freiner l’élan vieillissant et l’exode des jeunes. Le coût de la vie demeure attrayant pour que la région soit favorisée par les migrations intraprovinciales. Mais elle attire davantage de retraités qui viennent ou reviennent s’établir ici que de jeunes familles qui décident de s’y implanter, d’y faire carrière et d’y fonder une famille.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’on parle des difficultés démographiques de la région. Que ce soit pour le déclin de la population de certaines de ses villes et municipalités, pour son incapacité à atteindre un taux de croissance semblable à celui de l’ensemble du Québec, pour le vieillissement de sa population ou pour son faible taux de natalité, les chiffres sont toujours préoccupants.

Mais préoccupants pour qui?

L’écart de plus en plus marqué entre les chiffres de la Mauricie et ceux de la moyenne provinciale, à plusieurs niveaux, est difficilement explicable. Surtout lorsqu’on les compare avec ceux du Centre-du-Québec, proche voisine beaucoup moins touchée par des statistiques démographiques inquiétantes. Il est temps que les acteurs régionaux se dotent de moyens pour renverser la tendance.

Le défi de la rétention des jeunes est immense. Un tel défi ne se relève pas en vase clos. Il faut que les élus se parlent entre eux, qu’ils s’adjoignent la collaboration de la société civile par ses institutions, ses organismes. Il faut parler à la fois de programmes d’études, de mesures incitatives pour rester dans la région, d’infrastructures de culture et de loisirs, d’aménagement urbain, de transport collectif, de qualité de vie, d’accès aux soins de santé, de mixité commerciale et de tant d’autres sujets.

Il est intéressant de voir que les programmes électoraux des candidats à la mairie de Trois-Rivières font une place à ces préoccupations, principalement sous l’angle du développement de la main-d’œuvre. Ça dénote déjà une sensibilité au phénomène.

Et il est impératif que cette sensibilité se traduise en actions claires et concertées.