Le premier ministre François Legault.

D’ajustement en ajustement

ÉDITORIAL / Ça ne fait même pas quatre mois que le conseil des ministres du gouvernement de la Coalition avenir Québec est assermenté et on en est déjà au deuxième «ajustement». Une nouvelle tendance, on dirait. De petits ajustements empressés et ponctuels pour éviter l’accumulation d’irritants. Cette fois, on a voulu délester Sonia LeBel d’une partie de sa tâche. Elle ou son premier ministre – ou les deux – avait eu les yeux plus grands que la panse.

Mais l’ajustement qui était le plus espéré n’a pas été fait. André Lamontagne reste ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, même après avoir menti et s’être couvert de ridicule dans la gestion du congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert.

Depuis une semaine, le ministre Lamontagne fait mal paraître son gouvernement. Et un ministre qui fait mal paraître son gouvernement, ça n’a pas une espérance de vie ministérielle très élevée. Parlez-en à MarieChantal Chassé.

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale étaient d’ailleurs justifiés de réclamer un traitement semblable mardi, lors de la rentrée parlementaire. Le leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, a d’ailleurs rappelé que le premier ministre François Legault n’avait pas hésité à exclure Mme Chassé du conseil des ministres, en raison de ses problèmes de relation avec les médias. «Je vais laisser M. Legault appliquer le même jugement qu’il a eu pour Mme Chassé», a commenté le leader parlementaire de l’opposition péquiste, Martin Ouellet.

Il est vrai que la situation est devenue risible. Le ministre de l’Agriculture a multiplié les versions des faits entourant le congédiement de Louis Robert. Et on ne parle pas ici d’une affaire de nuance entre les versions. L’une était le contraire de l’autre. Et par la suite on s’enlisait de plus en plus.

François Legault a décidé de jouer la carte de la patience et de la tolérance en maintenant en poste son ministre de l’Agriculture. Mais ça pourrait bien se retourner contre lui, compte tenu du sort qu’il a réservé à MarieChantal Chassé il n’y a pas si longtemps.

Il est souhaitable, en tout cas, que l’on tire au moins un avantage de cette situation désolante. La loi sur la protection des lanceurs d’alerte doit être bonifiée pour assurer, justement, une véritable protection. Le congédiement du fonctionnaire Louis Robert est un bel exemple de situation qui a exactement l’effet contraire: décourager les lanceurs d’alerte potentiels.

Et la valse-hésitation du ministre Lamontagne, en plus de faire mal paraître le gouvernement Legault, n’a certainement pas amélioré le niveau de confiance du public en général envers cette loi censée protéger les lanceurs d’alerte. Et comme si ce n’était pas assez, on se réfugie maintenant derrière l’enquête de la Protectrice du citoyen pour mettre le couvercle sur la marmite et espérer que le bruit cesse autour de cette histoire.

Vraiment, il n’y a rien de reluisant dans cette gestion de crise.

Cela met certainement en lumière l’importance d’avoir des ministres solides, bien au fait de leurs dossiers, connaissant les limites de leurs fonctions. Le fait de délester Sonia LeBel de certaines responsabilités est justement un exemple de lucidité et on se demande pourquoi celle-ci n’est pas généralisée à l’ensemble des décisions concernant le fonctionnement d’un conseil des ministres, même s’il est encore tout jeune et inexpérimenté.

C’était un peu ambitieux de penser qu’une ministre, aussi compétente soit-elle, puisse cumuler autant de fonctions. Même en transférant à Isabelle Charest la responsabilité de la condition féminine, Sonia LeBel demeure une des plus occupées au sein du cabinet Legault: ministre de la Justice, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques.

Et députée de Champlain, doit-on presque le rappeler.