François Legault

Conviction et compassion

ÉDITORIAL / S’il y a une chose qui n’est pas loin de faire l’unanimité depuis le début de la crise du coronavirus, c’est l’efficacité avec laquelle le premier ministre du Québec, François Legault, gère cette exceptionnelle situation d’urgence.

Il faut reconnaître que ses messages teintés d’humanité, de fermeté et d’authenticité contribuent à rehausser le niveau de crédibilité et, du même coup, à augmenter le niveau de sensibilisation et de participation de la population aux mesures visant à freiner la propagation du coronavirus.

François Legault a su trouver le bon ton, qui traduit à la fois le caractère urgent de la situation et la nécessité de ne pas céder à la panique. C’est un tour de force. Les Québécoises et les Québécois reconnaissent en lui un leader crédible qu’il faut écouter en cette période de crise.

Le premier ministre a aussi su mettre en place une stratégie de communication efficace, basée sur la transparence. En s’entourant, quotidiennement, des principaux ministres concernés – notamment la ministre de la Santé Danielle McCann –, mais surtout du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, François Legault démontre qu’il est disposé à transmettre les informations nécessaires. Quand lui-même ne peut répondre à une question, il s’assure de céder le micro à ses acolytes.

Pour les citoyens aux prises avec de grands chambardements dans leur quotidien et avec un légitime sentiment d’inquiétude, cela s’avère très rassurant.

Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler, toutes proportions gardées, la crise du verglas de 1998 alors que le premier ministre Lucien Bouchard et le PDG d’Hydro-Québec de l’époque, André Caillé, avaient un rendez-vous médiatique quotidien avec les Québécois.

Au-delà de la qualité des mises à jour sur le plan factuel, le premier ministre réussit aussi un tour de force en faisant preuve de compassion et en manifestant les encouragements nécessaires. En remerciant chaque jour les employés et les professionnels du réseau de la santé et en les qualifiant d’«anges gardiens», un geste qui peut sembler anodin, il oriente de façon positive la perception que la population doit avoir envers ces femmes et ces hommes qui sont au front.

Marier aussi habilement la rigueur factuelle, la transparence et la bienveillance n’est pas donné à tous les chefs d’État.

Il suffit de jeter un coup d’oeil du côté fédéral pour comprendre qu’on n’est pas du tout dans la même stratégie de gestion de crise. Les critiques ont été nombreuses à l’endroit de Justin Trudeau et elles sont certainement justifiées. La situation d’isolement préventif dans laquelle se retrouve le premier ministre en raison de la contamination de son épouse Sophie Grégoire le contraint à travailler de sa résidence de Rideau Cottage. Ça ne justifie pas l’absence et encore moins les retards dans la prise de décisions.

Justin Trudeau nous dit, dans ses rares sorties médiatiques, qu’il est en constant contact téléphonique avec ses homologues du monde entier. Grand bien lui fasse. Mais ce n’est pas le message que la population attend. Dans la crise actuelle, force est d’admettre que ce sont les premiers ministres provinciaux qui ont pris les rênes de la communication à la population.

Il y a bien eu quelques sorties médiatiques de la part de ministres ou de la responsable fédérale de la santé publique, mais il n’est pas normal de ne pas avoir pu rendre le premier ministre plus visible. La population canadienne n’a pas été en mesure de se sentir guidée ou rassurée par une figure politique forte. À la rigueur, ç’aurait pu être une belle occasion de laisser le plancher à la vice-première ministre, Chrystia Freeland, dont le titre n’est, habituellement, qu’honorifique ou en tout cas largement symbolique.

On se doute bien que le Canada pose des gestes importants et procède à des analyses de l’évolution de la situation. Mais la population a besoin de se sentir dans le coup. Il en va de notre capacité, en tant que société, de répondre aux demandes qui nous sont formulées pour que nous puissions adéquatement faire notre part.