Le ministre des Finances, Bill Morneau.

Contradictions et déceptions

ÉDITORIAL / Ne cherchez pas dans le budget 2018 du gouvernement fédéral, présenté mardi par le ministre des Finances Bill Morneau, des mesures qui pourraient donner le feu vert au projet de train à grande fréquence dans le corridor Toronto-Québec. Il n’y en a pas. Cherchez plutôt des contradictions. Il y en a plusieurs.

L’absence de sommes pour aider la mise en oeuvre du projet de TGF de VIA Rail est certainement, pour la région, la grande déception de ce budget. Des indices laissaient pourtant croire qu’il aurait pu y avoir une annonce concernant la participation financière du fédéral. Mais non. Il n’en est rien. C’est à se demander si le fédéral a un réel intérêt dans ce projet.

Il y a un peu plus d’un an, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pavoisait encore, surfant sur la minuscule annonce de 2016 qui prévoyait 3,3 millions $ pour une étude sur un éventuel service ferroviaire à grande fréquence. Le rapport de la fameuse étude de viabilité était attendu avant la fin de 2017. Mais il ne semble plus y avoir de service au numéro composé. Au mieux, le fédéral dit «soutenir l’étude approfondie continue de la proposition de train à haute fréquence».

Le ministre François-Philippe Champagne n’a pas dû faire entendre de façon insistante au sein de son gouvernement l’appui qu’il semblait pourtant toujours donner ici, dans la région, avec enthousiasme envers ce projet.

Pour un rendez-vous manqué, c’en est tout un.

Sur le plan des contradictions, on relèvera bien sûr cette insistance sur l’égalité et l’équité, notamment sur le plan fiscal. Il est écrit noir sur blanc, dans ce troisième budget de Bill Morneau, qu’«un système fiscal équitable est la fondation d’une classe moyenne plus forte et d’une économie croissante, ce qui donne aux Canadiens la confiance que leur dur travail sera récompensé et ce qui soutient les investissements dans de nouvelles et de meilleures occasions dont tous profitent.»

Pourtant, il y a cinq mois, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, dévoilait sa «politique culturelle», qui n’avait pourtant pas grand-chose de culturel et qui constituait un modèle d’inéquité fiscale. Les congés de taxes accordés à des géants du numérique, comme Netflix, en échange d’une compensation pour soutenir la production locale, ont été fortement dénoncés depuis.

La même Mélanie Joly plaidait, de façon assez absurde disons-le, qu’elle ne pouvait pas taxer Netflix ou Amazon parce que son gouvernement a été élu en promettant de ne pas augmenter les taxes des Canadiens. Il s’agit ici, rappelons-le, d’un simple principe d’utilisateur-payeur.

Le même gouvernement qui a été élu en promettant de ne pas hausser les taxes et impôts des Canadiens a décidé, mardi, de hausser la taxe sur le tabac de 1 $ par cartouche. Ça devrait permettre au gouvernement d’empocher 375 millions $ par année. On aura beau dire que c’est une question de santé publique, mais à la base, c’est une taxe de plus pour les usagers du tabac. Pourquoi a-t-on refusé obstinément de taxer les utilisateurs de Netflix? La question reste entière.

Enfin, dans son discours du budget, le ministre Morneau utilise souvent la formule consacrée selon laquelle «le gouvernement a entendu le message fort et unanime de...» pour justifier une intervention. C’est le cas pour le message «fort et unanime de la communauté de la recherche du Canada sur l’importance d’investir dans l’avenir de la recherche au pays.» Les sommes consacrées à la recherche sont importantes.

Mais pourtant, le message fort et unanime de la communauté des médias pour une aide à la transition vers le numérique ne semble pas avoir eu droit au même traitement de la part du gouvernement.

C’est, finalement, le budget d’un gouvernement qui entend qui il veut, qui n’est pas conséquent avec lui-même et qui contredit ses propres principes. Un gouvernement pour qui les notions d’équité et d’égalité sont, manifestement, à géométrie variable.