Martin Francoeur
Il y a quelques jours, on a procédé à l’installation de l’enseigne grand format sur laquelle est reproduit le logo de l’entreprise Quillorama, un des principaux commanditaires des Aigles.
Il y a quelques jours, on a procédé à l’installation de l’enseigne grand format sur laquelle est reproduit le logo de l’entreprise Quillorama, un des principaux commanditaires des Aigles.

Commandite ou vandalisme?

ÉDITORIAL / Après avoir pratiquement relégué aux oubliettes le nom de Fernand Bédard, voilà qu’on vient de procéder à l’installation d’une enseigne pour honorer la commandite de Quillorama, qui prête son nom au stade du parc de l’Exposition à Trois-Rivières. Le problème, c’est que comme on l’avait fait pour Stéréo Plus il y a quelques années, on masque le mot «stade» gravé dans la partie supérieure de la façade du bâtiment. C’est ni plus ni moins qu’un acte de vandalisme autorisé.

Il y a quelques jours, on a procédé à l’installation de l’enseigne grand format sur laquelle est reproduit le logo de l’entreprise Quillorama, un des principaux commanditaires des Aigles. Cette enseigne recouvre les cinq lettres en relief et intégrées à l’architecture de la façade du stade.

Que le stade change de nom au gré des commandites, c’est déjà un profond manque de respect envers Fernand Bédard, qu’on a voulu honorer en 2002 en donnant son nom au vénérable stade. Mais la volonté d’attirer des commandites semble maintenant permettre au plus offrant de voir le nom de son entreprise associé au bâtiment lui-même. Une sorte de prostitution toponymique.

Les ententes entre le Club de baseball des Aigles et leur principal commanditaire prévoient que l’équipe offre à ce partenaire le nom du stade, ce qui comprend l’affichage sur la façade de l’édifice et l’utilisation de ce nom dans les communications et le marketing de l’équipe.

Mais l’affichage sur la façade de l’édifice aurait pu faire l’objet de contraintes minimales pour respecter l’intégrité du bâtiment.

L’Inventaire du patrimoine bâti de Trois-Rivières rappelle que le stade Fernand-Bédard – au moins on conserve cette appellation dans les ouvrages consacrés au patrimoine – a été construit en 1938 et inauguré en 1939. Le bâtiment de béton recouvert de crépi s’inspire du courant de l’architecture moderne américaine dit streamline. Ce style, qui s’est répandu en Amérique du Nord à partir de la fin des années 1920, est «influencé par les formes du design industriel, ainsi que par la vitesse et le mouvement des nouveaux moyens de transport comme les paquebots transatlantiques».

On ajoute que le stade Fernand-Bédard «est représentatif du courant streamline par ses bandeaux et ses corniches qui marquent les façades et définissent les volumes, par son toit plat, et par ses murs en béton recouverts de crépi blanc».

La mention «stade», mise en relief dans la portion centrale de la façade, est intégrée au bâtiment. En la dissimulant pour y apposer une enseigne moderne, on dénature une partie de ce bâtiment, pourtant rénové à grands frais – environ 7 millions $ – en 2008 et 2009.

Remarquons que le fait de sacrifier une partie de l’apparence originale du bâtiment pour apposer une enseigne commerciale n’est pas l’apanage des Aigles et de la Ville de Trois-Rivières. La Ville de Québec a permis la même chose pour son «stade Canac», une copie à peu près conforme du stade trifluvien sur le plan architectural. La différence, c’est qu’à Québec, lorsqu’on a permis d’attribuer le nom de Canac au stade municipal de Québec, celui-ci ne portait pas le nom d’une personne qu’on a voulu honorer.

Quel que soit le nom qu’on lui donne, le stade trifluvien demeure la propriété de la Ville. Cette même Ville qui a voulu rendre hommage à Fernand Bédard, grand bâtisseur du baseball à Trois-Rivières. Que des impératifs financiers viennent rendre amovibles ces hommages est déjà désolant. Mais qu’en plus on s’en prenne à l’intégrité architecturale d’un bâtiment pour cacher un détail d’origine, c’est un geste qu’il faut condamner.

C’est l’argent qui mène, pourrait-on dire. Dans ce cas-ci, il en mène large.

Très large.