La ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx

Collision spectaculaire

ÉDITORIAL / C’est une spectaculaire collision de visions qui est survenue cette semaine dans le dossier du Réseau national des pôles régionaux d’innovation. D’un côté, un milieu qui est très actif, voire proactif, qui a une vision et qui veut faire des petits. De l’autre, un ministère qui dit jouer la carte de la prudence et qui considère qu’on mettait la charrue devant les boeufs. Au bout du compte, c’est la région qui écope. Encore.

Jeudi après-midi, la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, annonçait par voie de communiqué que le gouvernement larguait le Réseau national des pôles d’innovation régionaux (RNPRI). Il y a trois mois à peine, alors qu’elle amorçait en Mauricie une tournée des régions du Québec pour échanger avec les acteurs clés sur certaines mesures du Plan d’action gouvernemental en entrepreneuriat 2017-2022, elle avait indiqué que le réseau n’était pas menacé. Mais la révision des pôles régionaux d’innovation et du rôle du Réseau national des pôles régionaux d’innovation devait faire partie des discussions dans le cadre de la tournée régionale.

Avant même que celle-ci soit complétée, la ministre a tranché.

La décision de mettre fin aux activités du Réseau «découle du fait que cette structure, visant à centraliser les orientations des pôles, ne s’inscrit pas dans la vision du gouvernement» et qu’«elle engageait des fonds qui devaient être destinés au développement économique régional», a indiqué la ministre dans son communiqué.

C’est donc une bataille de visions. Et celle du gouvernement caquiste l’emporte sur celle des instigateurs du réseau, déjà en formation. Quand on contrôle les cordons de la bourse, c’est facile de gagner une bataille de visions.

On avait déjà eu un avant-goût de cette médecine en janvier dernier, lorsque la ministre avait décidé d’entreprendre une révision du Réseau de fond en comble. Cette décision avait entraîné l’annulation d’une rencontre de type lac-à-l’épaule, qui était prévue les 7 et 8 février, à l’Auberge du Lac-à-l’Eau Claire.

Même si le Réseau perd son financement, le développement des dix-huit pôles régionaux ne semble pas menacé puisque le financement gouvernemental pour ceux-ci est maintenu.

Ce qui est dommage, c’est l’impression de désaveu que laisse la décision de la ministre Proulx. Le DigiHub de Shawinigan était devenu un modèle, une référence en la matière et faisait déjà l’objet de beaucoup d’intérêt dans d’autres régions du Québec. La décision de mettre en place un réseau national venait d’ailleurs du fait que le DigiHub lui-même n’arrivait plus à répondre adéquatement aux demandes provenant d’autres territoires intéressés. Et envieux.

Le risque, maintenant, c’est que la coordination nationale de ce réseau en développement soit centralisée à Montréal ou à Québec. C’est un autre pied de nez qu’on fait aux régions.

L’autre irritant, dans ce dossier, c’est le raisonnement qu’évoque la ministre pour justifier sa décision. Elle dit ne pas comprendre pourquoi on avait mis en place une permanence d’un réseau national gérant un réseau dont les composantes ne sont pas encore toutes accréditées par le gouvernement. Ça laisse l’impression que Québec souhaite garder une mainmise sur le développement des pôles d’innovation.

Mais surtout, ça en dit long sur les visions contradictoires qu’ont le gouvernement et le Réseau quant au développement de ce modèle. Si on avait voulu plutôt voir le Réseau mis en place à Shawinigan comme un organisme pouvant donner un coup de pouce aux autres pôles qui voient le jour, on n’en serait peut-être pas devant le fiasco auquel on assiste présentement. La ministre Proulx semble avoir considéré que le Réseau allait inculquer ou dicter des façons de faire et des modèles dans les régions. C’est bien mal connaître les personnes derrière cette initiative.

Cet épisode sombre vient jeter une sacrée douche froide sur ce projet pourtant porteur. Et il vient certainement de créer une tension malsaine entre les intervenants locaux et le gouvernement, ce dont la région n’avait clairement pas besoin.