Martin Francoeur

Colisée: l’enjeu de la cohabitation

ÉDITORIAL / Décidément, on va de rebondissement en rebondissement dans cette saga concernant l’occupation du nouveau Colisée de Trois-Rivières. Mais au-delà des propositions provenant des organisations intéressées, de leurs demandes, de la volonté de garder une place pour des événements autres que sportifs, deux réalités semblent se dessiner. D’abord sur le plan logistique et financier, la cohabitation serait la voie la plus souhaitable. Ensuite sur le plan politique, Jean Lamarche réalise que sa mairie se joue peut-être sur cet épineux dossier.

La Ville de Trois-Rivières, soucieuse de pouvoir comparer les deux propositions qui semblent les plus sérieuses, vient de repousser l’échéance pour la présentation d’un projet pour occuper le nouveau Colisée. Presque simultanément, les représentants de l’UQTR ont justement présenté leur plan au maire et aux conseillers.

Dean MacDonald et son équipe, qui proposent d’amener à Trois-Rivières une équipe de la East Coast Hockey League (ECHL) qui serait affiliée au Canadien de Montréal, doivent donc présenter une offre plus étoffée que ce qu’ils ont proposé jusqu’à maintenant, en tenant compte des refus récents du maire. On se souviendra que le Terre-Neuvien voulait d’abord avoir la gestion du Colisée et des concessions en prime.

Le problème, c’est qu’en repoussant au 7 février ou plus tard la prise de décision, les chances de voir une équipe de la ECHL s’installer à Trois-Rivières pour la saison 2020-2021 s’amenuisent. Les gouverneurs de la ligue se réunissent mardi et il y a déjà plus d’un mois que l’échéancier initial pour l’élaboration d’un calendrier est passé.

Depuis quelques mois, on semble aller de dérapage en dérapage, de flou en flou, de bisbille en bisbille dans ce dossier qui, faut-il le dire, aurait dû être réglé – du moins en partie – avant de construire un tel équipement.

L’organisation des Patriotes semble en bonne position de pouvoir installer ses pénates au nouveau Colisée. La grande question est de savoir si ce sera en colocation ou non.

Ce ne sont certainement pas les faibles assistances des matchs des Patriotes qui vont justifier a posteriori un colisée de 4500 places. Même si on les faisait passer à 1000 ou 1500 spectateurs par match, avec un effort marketing qui devrait dépasser l’entendement, l’amphithéâtre sportif aurait toujours l’air à peu près vide.

Le maire Lamarche n’a jamais caché sa préférence pour le projet des Patriotes. En tout cas, jamais avant la semaine dernière. La lettre de John Sedgwick, vice-président des opérations hockey et des affaires légales du Canadien de Montréal, est venue jeter un pavé dans la mare. Alors que plusieurs – dont les membres du conseil – étaient laissés dans l’impression que l’association entre Dean MacDonald et le Canadien était virtuelle ou chancelante, voilà que le grand club confirme son intérêt pour Trois-Rivières et pour le projet de Dean MacDonald. Certains diront même qu’il le réitère.

Ça vient changer la donne. Peut-être parce que Jean Lamarche pensait avoir rallié une majorité de conseillers derrière le projet des Patriotes. Peut-être aussi parce que beaucoup de Trifluviens semblent favorables à la venue d’une équipe de la ECHL. Plus que jamais, le dossier est devenu une patate chaude pour les décideurs politiques et la cohabitation semble maintenant être la seule avenue possible.

Avec le nouveau Colisée, Jean Lamarche a hérité d’un cadeau de Grec. Peu importe l’issue des négociations en cours, le succès est loin d’être garanti et même loin d’être prévisible à court terme. Et l’élection générale à la mairie est en novembre 2021, ce qui laisse peu de temps pour mesurer le potentiel de l’occupation du Colisée.

C’est peut-être ce constat qui a forcé le maire Lamarche à adopter une étrange stratégie de communication lundi. Une déclaration lue, un communiqué, pas de questions, pas d’entrevues.

Ce n’est pas l’ouverture et la disponibilité qu’il affichait en campagne électorale. Pour un homme de communications, il se retrouve sur la défensive. Ce n’est pas bon signe.