CISSS distinct: la volonté n’y est pas

Tiens, tiens... Le gouvernement de la Coalition avenir Québec entend mener des consultations pour déterminer si oui ou non il donnera suite à ce qui était pourtant une promesse électorale: la création d’un centre intégré de santé et de services sociaux autonome pour la région du Centre-du-Québec. Décidément, on n’a pas fini d’entendre parler de ce dossier qui commence à ressembler à une véritable valse-hésitation. Et peut-être à une volte-face?

Au cours des derniers mois, François Legault n’a pourtant pas ressenti le besoin d’aller consulter pour voir si ça vaut la peine ou non de remplir tel ou tel autre engagement électoral.

La semaine dernière, à l’Assemblée nationale, le gouvernement de la CAQ a envoyé un signal qui donne l’impression que l’engagement selon lequel on allait créer un CISSS distinct au Centre-du-Québec battait de l’aile. Le parti formant le gouvernement s’est objecté à ce que l’Assemblée nationale se saisisse d’une motion proposée par le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, à cet effet.

La motion, présentée conjointement avec le député de Québec solidaire Sol Zanetti, se lisait comme suit: «Que l’Assemblée nationale exige que le gouvernement du Québec dote la région du Centre-du-Québec de son propre centre intégré de santé et de services sociaux.» Lorsque la vice-présidente de l’Assemblée nationale a demandé s’il y avait consentement, des députés caquistes se sont opposés. C’est le cas notamment du député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger.

Curieuse, tout de même, cette volte-face. En campagne électorale, lui et ses collègues André Lamontagne (Johnson) et Éric Lefebvre (Arthabaska) étaient solidaires de l’engagement du chef François Legault – ils en étaient peut-être même à l’origine – concernant la création d’un CISSS autonome au Centre-du-Québec.

Le rejet de la motion ne sonne peut-être pas le glas de la création d’un CISSS autonome mais il le repousse certainement loin dans le calendrier des priorités de la CAQ.

Et c’est peut-être tant mieux.

Parce qu’une telle décision aurait créé un tiraillement pour les MRC de Nicolet-Yamaska et de Bécancour, qui sont collées sur Trois-Rivières bien plus que sur Victoriaville ou Drummondville. Le spectre d’une scission du CIUSSS actuel de la Mauricie–Centre-du-Québec aurait certainement provoqué une crise identitaire pour la portion septentrionale du Centre-du-Québec, ce qui aurait pu donner lieu à quelques dérapages.

Pourtant, d’un point de vue strictement administratif, la demande répétée des élus du sud du Centre-du-Québec – les régions de Drummondville, de Victoriaville et de l’Érable – est parfaitement justifiée. Ils ont obtenu la création d’une région administrative en 1997 mais force est d’admettre que depuis, le déploiement de ressources régionales n’a pas suivi. Le Centre-du-Québec est non seulement la seule région à ne pas avoir un centre intégré de santé et de services sociaux autonome, mais elle se retrouve aussi souvent rattachée à d’autres régions pour la desserte de services par différents ministères ou organismes.

Ce n’est pas la première fois qu’on balaie sous le tapis la possibilité de créer un CISSS autonome. L’idée avait déjà été rejetée en commission parlementaire à la fin de 2014 lors de l’étude du projet de loi 10 qui créait les CISSS et les CIUSSS. Pour une question de «masse critique», avait-on alors évoqué. Pourtant, des CISSS à part entière desservent des populations moindres que celle du Centre-du-Québec.

Certains élus, comme le maire de Drummondville, demeurent optimistes et préfèrent voir dans ce rejet de la motion un simple élément de la joute politique. Mais peut-être que le gouvernement de la CAQ a simplement réalisé que s’il donnait suite à son engagement, il allait mettre le doigt dans un engrenage beaucoup plus imposant et à haut risque de mécontentement.