Martin Francoeur

Cirque du Soleil: un optimisme prudent

ÉDITORIAL / Le Cirque est sauvé, claironnait lundi le président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre. C’est vrai en partie. Parce que si le recours aux tribunaux pour se placer à l’abri de ses créanciers permet en effet à l’entreprise d’entrevoir de jours meilleurs, il faudra surtout attendre de voir comment se déploiera la reprise progressive des activités de spectacles. Et pour cela, il faudrait une boule de cristal.

Le fait, pour le Cirque du Soleil, de se mettre à l’abri des créanciers constitue une étape du processus visant à rendre l’entreprise plus attrayante pour les repreneurs potentiels. Le plan prévoit notamment des mécanismes pour s’attaquer à la dette de quelque 900 millions $US mais fait place aussi à une injection de liquidités de 300 millions $ dont 200 millions $ provenant d’Investissement Québec, forçant en quelque sorte le maintien du siège social international de la compagnie au Québec.

C’est ce que prévoit la convention d’achat conclue avec les actionnaires actuels, soit le fonds texan TPG Capital, la firme chinoise Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec. Ce groupe d’actionnaires pourrait être celui qui reprendra les activités du Cirque, même si d’autres acheteurs potentiels sont sur les rangs.

Ces nouvelles sont encourageantes, même s’il y a encore loin de la coupe aux lèvres et que la route pour retrouver la rentabilité s’annonce sinueuse.

Daniel Lamarre affiche un soulagement et un optimisme prudent quant à la relance des activités. Ce plan crédible et viable mis de l’avant par l’organisation du Cirque avec les partenaires gouvernementaux est loin d’être une panacée. Il vient avec certains aspects moins réjouissants, notamment la mise à pied permanente pour les quelque 3480 employés du Cirque, soit 85 % de son effectif total, qui avaient déjà été mis à pied temporairement en mars dernier, en raison de la crise de la COVID-19. Le Cirque avait dû annuler ses 44 spectacles permanents ou en tournée un peu partout dans le monde.

Il y a là un risque de perte d’expertise qui pourrait faire mal au Cirque. En étant licenciés, plusieurs de ces employés – notamment des artistes, acrobates et techniciens – seront certainement tentés de trouver du travail ailleurs. Le calendrier de reprise des activités du Cirque est toujours incertain et rien n’assure que ces employés seront disponibles lorsque l’organisation pourrait être disposée à les réembaucher.

Daniel Lamarre assurait hier que c’était son souhait de voir ces employés revenir à l’emploi du Cirque du Soleil. Le plan proposé prévoit la mise en place d’un fonds de 20 millions $ pour venir en aide à ces employés, ce qui pourrait être une importante mesure incitative.

Il y a plusieurs inconnues qui persistent dans le plan de match proposé par les dirigeants du Cirque du Soleil. L’une d’elles touche directement le partenariat établi entre l’organisation et l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières pour la présentation de spectacles estivaux. Ces spectacles, présentés depuis 2015, étaient produits par une division du Cirque du Soleil dédiée aux activités événementielles et corporatives. Il est encore trop tôt pour dire si cette division survivra dans le cadre du modèle proposé.

Pour l’instant, les dirigeants de l’Amphithéâtre Cogeco maintiennent que le spectacle Vive nos divas! initialement prévu pour cet été, sera bel et bien présenté à l’été 2021 tel qu’annoncé il y a quelques semaines. Le Cirque y est pour beaucoup dans le succès de l’Amphithéâtre Cogeco et dans la diversification de l’offre touristique régionale. Il faut croiser les doigts pour que ce partenariat survive aux difficultés qu’éprouve le Cirque et pour que la nouvelle mouture de l’organisation fasse toujours une place à des spectacles plus modestes que ceux présentés en permanence ou en tournée.

Ce n’est pas tout de vouloir garantir le maintien d’un siège social au Québec. Il faut aussi protéger les activités du Cirque dans la province qui l’a vu naître et à ce chapitre, il est toujours bon de rappeler qu’il n’y a pas que Montréal et Québec qui peuvent présenter le fruit du talent qu’on y développe.