Martin Francoeur
 Force 3R a tenté de percer à deux reprises la légendaire fidélité des électeurs trifluviens à des candidats indépendants.
 Force 3R a tenté de percer à deux reprises la légendaire fidélité des électeurs trifluviens à des candidats indépendants.

Chronique d’une mort annoncée

ÉDITORIAL / «Dans l’ensemble, je ne crois pas que ce soit possible de voir des partis politiques avoir du succès à Trois-Rivières. Il y a encore beaucoup d’éducation à faire auprès de la population. Trois-Rivières, c’est une ville d’individualistes. Si tu veux faire de la politique, les gens te disent bravo, mais te laissent y aller seul.»

Celui qui disait ça, c’est André Lamy. Presque dix ans après avoir été le seul conseiller élu sous la bannière d’un parti politique municipal à Trois-Rivières. En 1994, il était candidat pour le Rassemblement pour l’action municipale (RAM) et s’est retrouvé, bien seul, à la table du conseil de l’ancienne ville de Trois-Rivières.

Quelques mois plus tard, il quittait le RAM et décidait de siéger comme indépendant. Comme ses onze autres collègues au conseil. Il avait subi quelques pressions en ce sens, semble-t-il. Dès la première assemblée publique, on lui a bien fait sentir que le RAM n’était pas le bienvenu à l’hôtel de ville.

Le RAM a fait deux campagnes électorales à Trois-Rivières. En 1990 et en 1994. Deux décennies plus tard, Force 3R a aussi tenté de percer à deux reprises la légendaire fidélité des électeurs trifluviens à des candidats indépendants. En vain.

La seule autre trace historique d’une formation politique à Trois-Rivières remonte à la fin des années 1960, alors que le maire sortant, Gérard Dufresne, se présentait avec une équipe de candidats aux sièges de conseillers. Le maire autant que ses candidats avaient essuyé un cuisant échec.

Qu’est-ce qui peut bien expliquer la difficulté – pour ne pas dire l’impossibilité – de placer des partis politiques municipaux sur l’échiquier trifluvien? Au Québec, les villes de taille semblable ont à peu près toutes des partis politiques. Mais dans la région, ce n’est pas un modèle qui semble facile à implanter.

La question se pose parce qu’il y a quelques jours à peine, l’artiste Jean Beaulieu lançait une pétition réclamant la formation de partis politiques à Trois-Rivières. Il affirmait alors que des «cliques nocives» paralysent la ville. Au fond, ce qu’il constate, c’est que la formation – subséquemment à une élection municipale – d’équipes partageant des idées ou des objectifs semblables, est nuisible à la bonne conduite de la gestion de la Ville.

Au cours des dernières décennies, des équipes non officielles de conseillers ont en effet vu le jour à Trois-Rivières. Certaines plus subtiles, d’autres jouissant d’une grande visibilité, notamment médiatique.

Mais la pérennité fait défaut à ces alliances informelles. On ne semble pas vouloir s’embarquer dans des cadres aussi rigides que ceux d’un parti politique. André Lamy avait même admis qu’il s’était joint au RAM en 1994 uniquement parce que cela avait pour avantage de réduire les coûts d’une campagne électorale. «Pour le reste, disait-il, c’était un paquet de troubles!»

Sur le fond, l’idée de créer des partis politiques municipaux n’est pas mauvaise. L’électeur peut ainsi choisir un programme plutôt qu’un individu qui lui est souvent inconnu. Le dernier chef du RAM, Pierre Boulard, admettait volontiers que «la population trifluvienne n’était peut-être pas prête pour le grand saut, et qu’on pourrait commencer avec de petites équipes puis se diriger vers de véritables partis».

La situation a-t-elle changé depuis 1960? Depuis 1990 et 1994? Depuis 2009 et 2013?

Luc Gervais croit que oui. C’est ce citoyen – dont les propos sur les réseaux sociaux n’ont rien de rassurant – qui fait le pari de mettre sur pied un parti politique, l’Union démocratique trifluvienne. Selon lui, peu importe la compétence du maire en poste à la tête d’un conseil formé d’indépendants, il n’aura jamais les coudées franches parce que le problème est au niveau des conseillers.

Et si ce n’était pas le cas? Et si la capacité de travailler en équipe et de rallier des conseillers était une compétence transversale qu’on recherche quand on élit un maire?

L’histoire nous démontre qu’à Trois-Rivières, en tout cas, une telle idée aurait plus de chances de succès que la création d’un parti politique.