Stéphan Frappier

Chiens dangereux: transparence SVP!

ÉDITORIAL / En attendant la version finale du règlement gouvernemental sur les chiens dangereux qui entrera finalement en vigueur au printemps prochain, les municipalités ont essayé tant bien que mal de mettre en place des mesures pouvant mieux protéger les citoyens. Visiblement, malgré cette nouvelle réglementation, elles devront continuer à faire leur possible. Les intentions sont là, mais elles se heurtent trop souvent à un manque de transparence de la part des directions des Sociétés protectrices des animaux.

Une petite visite sur le site web de la Ville de Trois-Rivières nous permet de constater que la SPA de Trois-Rivières a déjà le pouvoir d’exiger l’euthanasie d’un chien «si l’animal a attaqué ou mordu une personne ou un autre animal lui causant une blessure ayant nécessité un traitement…» Impossible, par contre, de connaître les critères qui déterminent le niveau de dangerosité du chien ainsi que ceux qui permettent de trancher à savoir s’il sera euthanasié ou non.

Sylvie Tremblay et son chien ont été sauvagement attaqués par un pitbull en octobre dernier. Plus de deux mois plus tard, la Trifluvienne, qui avait été sérieusement blessée à un bras, peut témoigner de l’hermétisme incompréhensible de la SPA. Quelques jours après l’événement, elle a voulu savoir si l’animal avait été euthanasié ou s’il avait été retourné à son propriétaire. Impossible! Les responsables de la SPA refusent de lui communiquer ces importantes informations. Ils sont catégoriques: c’est confidentiel! Vraiment?

De fil en aiguille, Mme Tremblay apprend que le pitbull (qui avait été adopté à la même SPA) a été jugé dangereux… mais qu’il a été renvoyé à la maison avec de sévères conditions à respecter. Quelles sont ces conditions? Encore une fois, on lui dit que ces renseignements sont confidentiels. Décidément…

On lui précise qu’elle peut porter plainte si elle se sent de nouveau menacée. Parfait, mais comment le faire si on ne connaît pas les conditions que l’animal doit respecter? Doit-il rester toujours dans un enclos? Doit-il porter une muselière? Peut-il être en présence d’enfants? Peut-il se promener dans le quartier? En fait, ces informations sont capitales pour la sécurité de la famille du propriétaire et celle des résidents qui habitent le quartier. Au palais de justice, lorsqu’un prévenu doit respecter des conditions de remise en liberté, celles-ci sont rendues publiques. Il en va de la sécurité du public. Si on le fait pour une personne, pourquoi ne le fait-on pas pour un animal? Explications SVP!

Cet hermétisme concerne également le processus qui détermine si l’animal est considéré dangereux ou non. On vous le répète: le chien qui a attaqué Mme Tremblay et son compagnon canin a été jugé dangereux! Malgré cette évaluation, il a été retourné à son propriétaire. Faut-il rappeler que ce pitbull a infligé de graves blessures à une citoyenne et son chien. Comment peut-on en arriver logiquement à une telle décision? Encore une fois, on veut des explications. On est visiblement très loin de l’époque où l’on considérait qu’un chien qui avait mordu allait mordre de nouveau.

Et Trois-Rivières n’a pas l’exclusivité de ces décisions douteuses et inexplicables de la part des professionnels de la Société protectrice des animaux. À Orford, un chien qui a mordu au visage un enfant de quatre ans dans un service de garde a été jugé non dangereux après une «sérieuse évaluation» faite par la SPA et il a été retourné chez lui. Oui, oui, vous avez bien lu. Le chien, qui doit se soumettre à «une liste considérable de normes», se retrouve aujourd’hui dans le même environnement que des enfants en service de garde. Pourquoi? Tout simplement incroyable!

Plus de trois ans après la mort de Christiane Vadnais, qui avait été sauvagement tuée par un chien à Pointe-aux-Trembles, le gouvernement arrive enfin avec une réglementation qui devrait permettre «de réduire les risques d’attaques et d’incidents tragiques», avance la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbeault. Il était temps. Espérons que cette réglementation aura un impact immédiat et qu’elle ne sera pas administrée derrière les portes closes des SPA.  Vivement des mesures uniformes, transparentes et coercitives, qui protégeront davantage les humains que les animaux.