Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford

C’était pourtant écrit dans le ciel

La gifle que vient de servir Doug Ford aux Franco-Ontariens est purement inacceptable. L’indignation est déjà bien perceptible et la mobilisation risque d’être à la hauteur de celle-ci. Mais doit-on s’étonner de ce comportement? Pas vraiment.

Le premier ministre de l’Ontario vient de démontrer qu’il est possible, chez nous aussi, de gouverner en s’aliénant un groupe important de la population. Exactement comme le fait le président des États-Unis. En annonçant qu’il était nécessaire d’abolir le Commissariat aux services en français et en mettant fin au projet de création et au financement d’une université francophone, Doug Ford ne fait pas que se mettre à dos la population francophone de l’Ontario. Il soulève leur colère.

Mettre en colère les Franco-Ontariens – ils sont environ 600 000 sur une population de 14 millions –, ça peut être dangereux. Souvenons-nous de la lutte pour l’hôpital Montfort. Mais ça soulève aussi la colère de tous les francophones à travers le pays. Cette solidarité, qu’on ne voit pas assez souvent, s’installe aussi au parlement fédéral, où on observe une volonté de venir à la rescousse de la population francophone de l’Ontario.

Mélanie Joly, déterminée comme on l’a rarement vue, a été une des plus virulentes à l’endroit de Doug Ford et de son gouvernement. Mardi, elle ajoutait les actes aux paroles en annonçant que le programme de contestation judiciaire en matière de langues officielles était maintenant opérationnel. Ce programme, qui permet à des individus ou à des groupes de recevoir une aide financière pour défendre leurs droits en matière de langues officielles devant les tribunaux. Les conservateurs l’avaient aboli, mais les libéraux avaient annoncé sa remise en place il y a deux ans.

C’est comme si Mélanie Joly offrait sur un plateau d’argent un des outils dont pourront se servir les Franco-Ontariens pour contester devant les tribunaux les récentes décisions du gouvernement Ford. Les défenseurs de l’hôpital Montfort avaient, à l’époque, bénéficié des sommes prévues dans ce programme.

Il s’agit, déjà, d’une mesure un peu plus concrète que la succession de dénonciations infructueuses à laquelle on assiste depuis jeudi: Andrew Scheer qui se disait préoccupé, Justin Trudeau qui s’est dit très préoccupé, François Legault qui se disait déçu et plusieurs autres qui ont utilisé autant d’épithètes négatives. Tout cela n’a pas fait broncher Doug Ford.

Le premier ministre ontarien continue de justifier ces compressions par le fait que la province doit réaliser des économies. Son gouvernement, martèle-t-il, a hérité d’un déficit de 15 milliards $. Mais l’abolition du Commissariat aux services français permettra d’économiser, tout au plus, 3 millions $.

Il semble de plus en plus clair que la raison derrière les annonces de Doug Ford est davantage idéologique qu’économique. En coupant ainsi, Ford pose un geste qui plaît à sa base d’électeurs. On passe le message selon lequel on élimine de la bureaucratie, qu’on se serre la ceinture, qu’on doit faire des choix et ça passe.

On aurait facilement pu venir voir une telle tactique. On connaissait déjà le passé politique de Ford qui, alors qu’il était conseiller municipal à Toronto, avait voté pour l’abolition du comité français. Comme premier ministre, il a aboli le ministère des Affaires francophones pour le transformer en un simple Bureau des affaires francophones. Dans son discours du trône, prononcé entièrement en anglais, la langue française et les enjeux de la communauté francophone étaient totalement absents.

Voyant que les principaux bassins de population francophone en Ontario – des secteurs d’Ottawa jusqu’à Hearst en passant par Timmins et Cochrane – échappent au Parti conservateur, il est facile pour un chef de se dire qu’il n’a pas grand-chose à perdre en privant les francophones de services qui leur sont essentiels ou qui sont symboliques pour le respect de leurs droits.

L’Ontario envoie ces jours-ci de bien tristes messages.