Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

C'est vrai que c'est «toto»...

On dirait bien que chaque fois qu'il est question d'Yvon Deshaies dans cette page, c'est pour relever une déclaration farfelue, étonnante, voire absurde. Chaque fois, on passe un peu l'éponge, en disant comme la plupart des membres du conseil, que «Yvon, c'est Yvon» et que ça vient avec le personnage. Mais il serait peut-être temps qu'on arrête d'en rigoler et qu'on dénonce haut et fort ces comportements inacceptables.
Le maire de Louiseville semble abonné aux absolutions inconditionnelles. Quand il a plaidé pour le rétablissement de la peine de mort, quand il a écrit à Donald Trump pour le féliciter de son élection, quand il a dit que s'il devait y avoir des femmes portant le niqab à Louiseville, plusieurs se retrouveraient à l'hôpital... Ça fait jaser pendant quelques jours. Puis tout le monde se dit que «Yvon, c'est Yvon». 
On ne sait pas si le maire Deshaies calcule ses sorties à l'emporte-pièce, ses déclarations en apparence malhabiles, ses montées de lait. On préfère généralement s'en remettre à son apparente naïveté et ce don inné de se mettre les pieds dans les plats.
Ça suscite généralement une certaine sympathie de la part des citoyens aux prises avec un maire que, non sans une certaine complaisance, on a toujours qualifié de «coloré».
Mais qui sonnera donc la fin de la récréation? 
Parce que la question qu'il faut se poser, c'est: est-ce qu'il y a des limites à ce qu'on peut dire, même à la blague, quand on est maire? Ou quand on est une personnalité publique en général. 
Dans une vidéo diffusée cette semaine, où on voit le maire badiner avec des adolescents lors d'un match de hockey à propos de l'implantation possible à Louiseville d'une usine de production de cannabis thérapeutique, il avoue sans ambages qu'il a hâte que la marijuana soit légalisée. Parce que, dit-il, il n'aura plus besoin de se cacher pour en fumer. Il rigole même en suggérant qu'il puisse le faire dans son bureau à l'hôtel de ville.
Les gars rigolent avec le maire, qui semble assez fier d'avoir pu établir une communication aussi informelle avec un public qui n'est habituellement pas le sien.
Après coup, Yvon Deshaies a plaidé la mauvaise blague. Il a aussi indiqué qu'il songe en effet à utiliser le cannabis à des fins thérapeutiques pour une douleur à l'épaule. C'est son droit le plus strict. Mais ce n'est pas ce qu'il a dit à ces jeunes rassemblés à l'aréna. Il a en quelque sorte admis consommer de la marijuana à l'occasion, ce qui, doit-on le lui rappeler, constitue un geste illégal. Bien sûr que la consommation de cannabis est largement tolérée, mais est-ce qu'une personne en position d'autorité envoie le bon message en banalisant à ce point une activité encore illicite?
En commentant la vidéo dont il était la vedette malgré lui, Yvon Deshaies a admis candidement que c'était «un geste toto de ma part». Il a ajouté, comme pour se justifier: «On rencontre tellement de monde et on dit tellement de choses.» Ça ne peut excuser la bêtise.
En politique, un habile franc-parler n'a jamais fait de mal à personne. Mais des maladresses à répétition, sans sembler se soucier des conséquences que les propos tenus pouvaient avoir, ça déclenche des questions sur les capacités à occuper une fonction comme celle de maire. Ou de quelque fonction d'élu que ce soit.
Absoudre un «personnage» parce qu'il est resté simple, coloré, facile d'approche, gentil et souriant, ça peut avoir ses limites.