Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Le plus récent claquage de porte, encore non officiel mais certainement bien senti de la part du maire Éric Deschenaux, à Pierreville, est préoccupant. Il illustre le climat d’intolérance et d’agressivité qui enveloppe le monde politique municipal et qui menace l’intégrité de nos institutions démocratiques.
Le plus récent claquage de porte, encore non officiel mais certainement bien senti de la part du maire Éric Deschenaux, à Pierreville, est préoccupant. Il illustre le climat d’intolérance et d’agressivité qui enveloppe le monde politique municipal et qui menace l’intégrité de nos institutions démocratiques.

Ces maires qui tombent au combat

ÉDITORIAL / Saint-Paulin. Saint-Léonard-d’Aston. La Bostonnais. Et maintenant Pierreville. Qu’ont en commun ces municipalités de la région? Elles ont toutes perdu leur maire au cours des derniers mois. Pour différentes raisons. Mais le plus récent claquage de porte, encore non officiel mais certainement bien senti de la part du maire Éric Deschenaux, à Pierreville, est préoccupant. Il illustre le climat d’intolérance et d’agressivité qui enveloppe le monde politique municipal et qui menace l’intégrité de nos institutions démocratiques.

Le maire de Pierreville a annoncé qu’il allait démissionner et qu’il songeait même à quitter la municipalité après avoir été la cible de propos hargneux et homophobes de la part de certains citoyens. Son orientation sexuelle a alimenté les insultes de personnes qui critiquaient aussi sa gestion de la crise sanitaire et économique liée à la pandémie. Des personnes qui ne croient pas en la COVID-19, qui se moquent des restrictions et du port du masque obligatoire, l’ont traité d’«anormal» et de choses bien pires encore qu’il est inutile de rapporter ici.

Nous sommes en 2020. De tels propos sont carrément inacceptables et doivent être dénoncés. En ce sens, le témoignage du maire Deschenaux est approprié. Ce qui est déplorable, c’est que la situation était devenue suffisamment grave pour lui donner envie de tout abandonner. Il n’est pas question ici de disséquer les conflits politiques au sein de la municipalité et la teneur des contestations auxquelles le maire et son conseil municipal ont pu faire face. Mais à sa face même, Pierreville pouvait se faire une fierté d’avoir démontré l’ouverture nécessaire pour élire un maire ouvertement homosexuel.

Cette belle impression ne tient plus. Même si les insultes ne sont probablement l’affaire que d’une poignée d’individus, le mal est fait. Ça lève le cœur. Insulter une personne, élue à des fonctions publiques de surcroît, sur la base de son orientation sexuelle, ça témoigne d’un manque de jugement, d’arguments et de respect. Il en serait de même si on s’en prenait à quelqu’un pour sa race, son origine ethnique, son statut social, son âge, son sexe, son handicap physique et tous les autres facteurs de différence.

Les autres cas de démissions sont différents, mais certains d’entre eux témoignent aussi d’un ras-le-bol face aux insultes provenant aussi bien de citoyens que des autres élus autour de la table du conseil. À Saint-Léonard-d’Aston, le maire démissionnaire, Jean-Guy Doucet, a invoqué l’impossibilité de travailler en équipe au sein du conseil. À La Bostonnais, le maire Michel Sylvain a reconnu que le climat «pas très sain» au sein du conseil municipal a été un facteur dans sa décision de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat.

L’actualité est parsemée d’autres manifestations de climat malsain et de discorde au sein des conseils municipaux sans que cela conduise nécessairement à la démission du maire. On peut penser à Saint-Élie-de-Caxton, où ce sont les conseillers et des employés municipaux qui démissionnent successivement en raison du climat de travail ou de conflits de personnalités. On peut penser à La Tuque. On peut penser à Saint-Barnabé. On peut même penser à Trois-Rivières, à l’occasion.

Les collisions idéologiques au sein des gouvernements municipaux ne datent pas d’hier. Mais quand elles sont exacerbées par des insultes en réunion de travail, en assemblée publique ou sur les réseaux sociaux, cela devient un sérieux problème. Cela ramène sur la table toute la question de l’intolérance et du manque de respect envers les institutions démocratiques et les personnes qui s’y engagent.

Les situations de conflits, de démissions, de crises et de dérapages sur les réseaux sociaux devront, même si leurs origines sont variées et qu’il n’y a pas deux cas identiques, donner lieu à de sérieux examens de conscience. Quand des citoyens et des élus se croient tout permis, y compris les insultes, le dénigrement et la diffamation, c’est qu’il y a un problème. Il y a des moyens plus civilisés de manifester son désaccord ou son insatisfaction.