Ces cirques qui ont la cote

C’est parti pour le spectacle Nezha, l’enfant pirate présenté par le Cirque Éloize à la Cité de l’énergie. Et la semaine prochaine, ce sera au tour du Cirque du Soleil de présenter son nouvel opus à l’Amphithéâtre Cogeco. Trois-Rivières et Shawinigan mettent cet été le cirque à l’honneur comme produit d’appel. Et ça donne toute une couleur à la saison touristique qui bat son plein.

L’annonce de la venue du Cirque Éloize à Shawinigan pour un spectacle extérieur exclusif avait causé la surprise, il y a quelques mois. Et cela avait suscité certaines inquiétudes, aussi, compte tenu du créneau déjà occupé depuis 2015 par le Cirque du Soleil à Trois-Rivières et de la proximité géographique des deux spectacles.

S’il existe évidemment des points communs aux deux spectacles, il y a davantage de différences entre eux et il serait hasardeux de risquer quelque comparaison que ce soit.

Le Cirque Éloize a déjà acquis ses lettres de noblesse dans la région. L’histoire d’amour avait commencé avec Cirque Orchestra, en 2000. Le spectacle avait été présenté dans un hangar du port de Trois-Rivières. Le moment avait été magique. Plus récemment, Éloize présentait son spectacle Saloon – Cavale au cœur du Far West dans le cadre du Festival western de Saint-Tite. Il ne pouvait pas y avoir de meilleur contexte pour ce spectacle mais on dirait bien que les inconditionnels du festival ont boudé le spectacle pourtant très efficace du Cirque Éloize.

La bande à Jeannot Painchaud a habitué le public à des spectacles de cirque plus intimes que spectaculaires. La recette, à ce niveau, est complètement différente de celle du Cirque du Soleil.

Avec les créations originales confiées à sa filiale 45 Degrees pour Trois-Rivières, le Cirque du Soleil a opté pour les hommages musicaux, ce qui n’est pas le cas pour le Cirque Éloize. Et même si le Cirque du Soleil a détenu une participation de 50 % dans le Cirque Éloize entre 2010 et 2016, la signature artistique des deux entités est toujours demeurée distincte.

C’est ce qui fait qu’il n’y a pas de véritable dédoublement cet été. Le public a droit à deux spectacles complètement différents.

Nezha nous transporte dans un univers fantastique, avec la nature en toile de fond. Cet univers, bien que plus proche de ce à quoi nous avait habitués la Cité de l’énergie avec Dragao ou avec Amos Daragon, notamment, convient peut-être davantage à une clientèle familiale. Mais le spectacle n’est pas spécialement destiné aux enfants, qu’on se le tienne pour dit.

La présentation simultanée de Nezha et de Juste une p’tite nuite, dans un rayon de 40 kilomètres, aurait dû créer une image distinctive pour la région sur le plan touristique. Tourisme Mauricie offre un forfait de deux nuitées permettant d’assister aux deux spectacles, variant entre 240 $ et 350 $ par personne. Mais il est encore trop tôt pour savoir si ce forfait, calqué sur celui qu’on offrait déjà avec Dragao, est suffisamment alléchant pour attirer chez nous de nouveaux visiteurs.

Quoi qu’il en soit, la présentation de deux spectacles de cirque crée une image de marque, un créneau distinct sur lequel la région doit miser. Il vaut mieux s’enorgueillir de pouvoir attirer en Mauricie des créateurs du Cirque du Soleil et du Cirque Éloize que d’y voir quelque forme de concurrence que ce soit.

Le talent de ces artistes est immense et il vaut mieux apprécier leur travail que de chercher de vaines comparaisons.

Un créneau de cirque comme locomotive touristique, c’est unique au Québec. Même le gouvernement du Québec semble l’avoir compris. Après avoir annoncé une aide financière totalisant 865 000 $ à la Cité de l’énergie, on s’apprête à annoncer, mercredi, une subvention importante à la Corporation des événements de Trois-Rivières, qui gère l’Amphithéâtre Cogeco.

À moins qu’il s’agisse d’une autre manifestation de la campagne préélectorale dans laquelle on baigne depuis quelques mois déjà...