La peur de devoir séjourner dans un CHSLD ou d’y finir ses jours semble être maintenant une phobie légitime.

Ces CHSLD qui font peur

On est rendu là. La peur de devoir séjourner dans un CHSLD ou d’y finir ses jours semble être maintenant une phobie légitime. Les histoires d’horreur liées au manque de personnel ou à la surcharge de travail des préposés aux bénéficiaires se succèdent à un rythme préoccupant. Il est temps, plus que jamais, que le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette passe de la parole aux actes. Ou qu’il accélère la cadence.

Cette peur du CHSLD semblait taboue pour bien des gens. Mais plus tôt cette semaine, la fille d’une octogénaire décédée des suites d’un incident survenu dans un CHSLD de Sainte-Thècle l’a exprimée dans des mots qui ne laissent place à aucune équivoque. Guylaine Veillette, qui demeure près d’une voie ferrée, se fait souvent demander, surtout depuis la tragédie de Lac-Mégantic, si elle a peur d’un déraillement. «J’ai moins peur de ça que du cancer ou d’un CHSLD», répond-elle invariablement.

Avoir peur d’un CHSLD. On est rendu là.

On n’en finit plus de voir des incidents ou des situations déplorables ayant un lien direct avec le manque de ressources. Il y a eu l’histoire des bains, puis les cas de chutes de patients laissés à eux-mêmes. Il y a ces situations de patients qui demeurent en jaquette toute la journée ou que l’on fait manger en vitesse. Il y a, enfin, ce drame – un parmi d’autres, sans doute – au cours duquel un patient avec troubles cognitifs a saisi le fauteuil roulant d’une autre patiente, la mère de Guylaine Veillette, provoquant la chute de l’octogénaire. Sans surveillance. Parce que les préposés étaient tous occupés à d’autres tâches.

Oui c’est un drame. Et non un «incident malheureux» comme le qualifiait jeudi le ministre Barrette en entrevue au Nouvelliste. S’il faut se mettre à utiliser l’euphémisme, on ne réglera pas les problèmes qui frappent les CHSLD depuis quelques années.

Au cours des dernières semaines, les dénonciations – parfois virulentes – se font plus nombreuses: familles de bénéficiaires, syndicats, médecins. Oui, médecins. Pierre-Alexandre Savard et Isabelle Alain, qui pratiquent tous deux dans la région, l’ont aussi exprimé ces derniers jours. Dr Savard, un gériatre, est catégorique. «Il y a bien des gens, même du milieu, incluant moi, qui préféreraient mourir avant d’en arriver là. Qu’est-ce qu’on attend pour faire bouger les choses?»

Il y a quelques mois à peine, le ministre Barrette réitérait qu’il avait pris l’engagement de veiller sur la santé et le bien-être des aînés, de même que sur la qualité de leurs milieux de vie. Le mot d’ordre donné concernant l’embauche de nouveaux préposés est un premier pas dans la bonne direction, mais les effets semblent se faire attendre. Et encore, les syndicats indiquent qu’il manque encore cruellement de personnel en CHSLD.

Ce qui est préoccupant, surtout, c’est que le personnel en place est à bout. Les qualificatifs utilisés pour décrire les employés – que tout le monde se garde bien de pointer du doigt parce qu’ils font leur gros possible – n’ont pas manqué: débordés, blasés, écoeurés, moroses, impersonnels, pressés...

Visiblement, le Québec a trop tardé à adapter ses services au vieillissement de la population. Et il se retrouve avec une clientèle en CHSLD plus lourde qu’auparavant et forcément plus nombreuse. De l’autre côté, des ressources insuffisantes. Et en toile de fond, des défis majeurs: durée de la formation, pénurie de main-d’œuvre, salaires plus attrayants dans les hôpitaux et CHSLD que dans les ressources intermédiaires, etc.

Il faut repenser l’organisation des soins et le déploiement du personnel en CHSLD. L’ouverture du PDG du CIUSSS Martin Beaumont à un nouveau type de ressource pour alléger le travail des préposés est intéressante. La place qu’on pourrait faire au bénévolat est aussi une avenue à envisager. Mais contrairement à ce que voudrait penser le ministre Barrette, ce n’est pas une panacée.

À l’heure où se multiplient les annonces gouvernementales, ne serait-il pas de mise d’avoir une toute petite pensée pour la dignité de nos aînés?