Briser la loi du silence

Il y a quelque chose de rassurant dans les propos du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui veut mettre fin à la «loi du silence» dans le réseau scolaire. Mais il faut que cette intention aille plus loin que dans le discours circonstanciel du ministre. Il faut, plus que jamais, mettre les lanceurs d’alerte et les employés qui révèlent des situations problématiques à l’abri des représailles.

Le cas qui soulève l’indignation populaire, ces jours-ci, est celui de Kathya Dufault, cette enseignante de Rosemère qui a dénoncé publiquement les conditions de travail dans lesquelles elle exerçait son métier, et qui fait maintenant face à une procédure de congédiement de la part de son employeur, la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI).

Mme Dufault avait écrit une lettre ouverte puis s’était confiée en entrevue au chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé, au sujet des raisons pour lesquelles elle souhaitait quitter la profession. Parmi celles-ci, on retrouvait nécessairement des éléments directement liés au manque de ressources ou à la gestion difficile d’élèves avec des troubles d’apprentissage ou de comportement.

La Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles n’a pas apprécié les sorties médiatiques de l’enseignante. Le lien de confiance, estime l’institution, est rompu. Même si, au cours des derniers jours, la Commission scolaire nie vouloir congédier Kathya Dufault parce qu’elle a parlé à un journaliste, il n’en reste pas moins que la lettre de motifs fait à peu près état du contraire. On joue sur les mots.

C’est normal que des employeurs n’aiment pas voir les faiblesses de leur organisation étalées au grand jour. Mais il est nécessaire ici de rappeler que l’éducation est une responsabilité de l’État et que c’est vous et moi qui payons pour. Il s’agit d’un service public essentiel, pour lequel nous sommes en droit d’exiger de hauts standards de qualité.

Que des personnes qui vivent de l’intérieur les contraintes et les difficultés de ce système décident de parler, ce devrait être encouragé plutôt que sanctionné.

Le cas de Kathya Dufault n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’Émilie Ricard, cette infirmière originaire de Shawinigan mais pratiquant en Estrie, qui avait interpellé publiquement, en janvier dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette. Dans un long message sur sa page Facebook, l’infirmière avait publié un long témoignage après avoir terminé un quart de travail en CHSLD au cours duquel elle était la seule infirmière pour plus de 70 patients. Son cri du coeur est rapidement devenu viral.

Elle aussi a dénoncé des conditions de travail difficiles, des problématiques liées au manque de ressources. Elle aussi aurait pu être punie parce qu’elle ternissait l’image de son employeur.

Mais elle a plutôt eu droit à un fort courant de sympathie. Son histoire a été prise au sérieux par les politiciens et a été corroborée par plusieurs travailleuses et travailleurs du réseau de la santé. Son courage a été salué. On a davantage considéré l’intérêt public de sa dénonciation que le fait que celle-ci pouvait égratigner l’employeur.

Dans le cas de Kathya Dufault, il y a aussi un vent de sympathie. Mais la Commission scolaire a tout de même sévi, voulant protéger son image plutôt qu’améliorer les conditions de travail de ses employés ou de favoriser la réussite des élèves.

Le ministre Roberge doit prendre les moyens pour rendre concrète son intention d’agir. Il souhaite ajouter dans les prochaines conventions collectives une clause garantissant la liberté de parole des enseignants qui veulent dénoncer les travers du système. Il doit intervenir auprès de la Commission scolaire.

Ce n’est pas normal, en 2018, que des personnes voulant bien faire, voulant améliorer la qualité des services offerts et voulant rendre leur milieu de travail mieux adapté à une prestation de services de qualité, subissent des pressions et fassent l’objet de représailles. Il n’est pas normal que des travailleurs de l’État doivent se cacher pour dénoncer des situations problématiques.

La loi du silence a assez duré.