Bloc québécois: crois ou meurs

ÉDITORIAL / C’est un bien étrange ultimatum qui a été lancé, au cours de la fin de semaine, aux associations de circonscription du Bloc québécois. Dans la foulée de la démission de sept députés, puis des voix qui se sont élevées pour réclamer le départ de la chef Martine Ouellet, voilà que le parti demande aux exécutifs des sept circonscriptions représentées par un député ayant quitté le caucus de choisir leur camp. Ou bien les associations appuient le député, ou bien elles restent fidèles au parti et appuient implicitement Martine Ouellet.

C’est peut-être, finalement, une autre étape dans la disparition annoncée de cette formation politique.

Nombreux sont ceux et celles qui estiment que l’espérance de vie du Bloc québécois a dramatiquement chuté depuis les événements de la semaine dernière. L’entêtement de Martine Ouellet à demeurer en poste et l’intransigeance démontrée par le Bureau national – essentiellement formé d’alliés de la chef – n’améliorent en rien la situation.

En clair, le parti demande aux sept associations locales de faire leur choix. Si une association appuie son député et qu’elle veut lui demeurer fidèle, alors elle perdra l’accès aux listes de membres et deviendra une association indépendante. Si elles prêtent allégeance au parti, alors on leur redonnera accès aux listes. Les sept députés démissionnaires, dont Louis Plamondon dans Bécancour-Nicolet-Saurel, n’ont plus accès aux listes de membres par l’entremise de leur association de circonscription depuis qu’ils ont quitté le caucus.

Les députés qui siègent désormais comme indépendants veulent devancer la tenue du vote de confiance sur le leadership de Martine Ouellet. Actuellement, ce vote de confiance ne doit avoir lieu qu’en 2019, ce qui est vraisemblablement trop près des élections pour éjecter un ou une chef en poste.

Comme il semble y avoir une réelle impasse, il faudra que les militants – et non les instances qui les représentent ou qui sont censées les représenter – se lèvent et réclament une action plus rapide. Une sorte de blitzkrieg pour que cet épisode puisse rapidement appartenir au passé si on fait partie de ceux qui croient qu’une sortie de crise est encore possible.

Les associations de circonscription ont ici un rôle crucial à jouer. Parce que la force du nombre est peut-être là. Actuellement, à la lumière du schisme de la semaine dernière, il est prévisible que trois associations de comté sont encore fidèles à Martine Ouellet. Il est aussi probable que les associations de comté des dissidents demeureront fidèles à leur élu local. C’est dans les autres circonscriptions que ça peut se jouer. Et on a déjà vu certaines d’entre elles – dont celle de Berthier-Maskiniongé – demander le départ de Martine Ouellet.

Le problème, c’est qu’on est ici en présence d’une personne entêtée.

La chef du Bloc est convaincue qu’elle a la légitimité pour demeurer en place, malgré les appels qui se multiplient pour demander qu’elle quitte son poste. Elle n’est pas élue au fédéral. Elle ne fait donc pas partie du caucus de députés de sa formation politique, soudainement privé de 70 % de ses membres. Non élue, chef d’un parti comptant trois députés, il y a bien peu de chances qu’on lui donne l’attention dont elle aurait besoin dans la prochaine campagne électorale.

On savait qu’il y avait, en politique, des gros ego. Mais on s’aperçoit que celui de Martine Ouellet est surdimensionné. Elle aurait déjà dû démissionner. Pour le bien de sa formation politique.

Ou de ce qu’il en reste.