Étudiante au Cégep de Trois-Rivières, Charlie Durand a lancé une pétition contre l'Écopasse.

Bienvenue dans le monde adulte

ÉDITORIAL / Tiens donc. Il y a des étudiants du Cégep de Trois-Rivières qui, soudainement, se réveillent et rechignent à vouloir payer les frais de 60 $ par session pour la nouvelle formule de l’Écopasse. C’est le combat de la conscience sociale et environnementale versus le principe de l’utilisateur-payeur, déjà sacro-saint à dix-sept ou dix-huit ans on dirait bien...

Depuis quelques semaines, des voix s’élèvent au Cégep de Trois-Rivières contre la nouvelle Écopasse, sorte de laissez-passer universel de transport, donnant accès aux services des différents transporteurs de la région à tous les étudiants inscrits à temps plein, et ce, pour 60 $ par session. C’est un sérieux rabais par rapport, notamment, au laissez-passer mensuel normal de la STTR dont le coût est de 56,75 $ par mois.

L’implantation de cette mesure, qui fait l’objet de discussions depuis 2010, est prévue pour la rentrée d’automne.

Tous les élèves devront payer le montant de 60 $, y compris ceux qui n’utilisent pas le transport en commun. Pour ceux qui optent pour le covoiturage, un remboursement de 30 $ par session est prévu.

C’est une excellente initiative. Au Cégep de Trois-Rivières, un sondage obligatoire auprès des étudiants avait révélé, l’an dernier, un fort appui au projet d’Écopasse. Le projet ne date pas d’hier et il a aussi fait ses preuves ailleurs au Québec.

Le Cégep de Saint-Hyacinthe le fait depuis 2011, à 50 $ par session par étudiant. À Sherbrooke, le cégep inclut le laissez-passer universel dans les frais de scolarité. Ça représente environ 30 $ par session. À l’Université Laval, le débat est toujours en cours. Les associations étudiantes proposent un montant de 60 $ par session. À l’Université de Sherbrooke, le laissez-passer universel est gratuit.

Mais voilà. À Trois-Rivières, des étudiants ont lancé une pétition pour que le Cégep revienne sur sa décision ou pour qu’on ajoute une possibilité de désistement – une sorte d’opting-out – à cette mesure. Le texte de présentation de la pétition mentionne ceci: «De plus, nous ne comprenons simplement pas pourquoi, nous les étudiants avec des automobiles, nous devrions payer pour ceux qui n’en ont pas. Le prix devrait être changé.»

Ces étudiants n’ont clairement pas compris que le but de l’Écopasse était d’encourager le transport collectif, notamment par des mesures incitatives. On comprend que si ce n’est pas tout le monde qui paye les 60 $ par session, le concept ne tient plus. Il n’est plus viable financièrement. À moins, bien sûr, d’avoir une contribution exceptionnelle de l’établissement ou d’un partenaire comme la Ville. Mais on n’en est pas là.

Le caractère universel de la mesure est donc contesté. Mais avec un tel projet, la communauté collégiale envoie un message clair, cohérent avec des valeurs environnementales et de développement durable. Non seulement le projet permet de réduire les gaz à effet de serre, mais il peut aussi favoriser le développement du réseau trifluvien et régional de transport en commun. Plus il y a d’utilisateurs, plus il sera possible de mieux répondre aux besoins.

Il est impensable de se mettre à se désister de tout ce qu’on veut, simplement parce qu’on n’utilise pas tel service et qu’on ne souhaite plus en défrayer les coûts. Autrement, bien des automobilistes pourraient cesser de payer la contribution de 30 $ pour le transport en commun, incluse dans leurs droits d’immatriculation annuels. D’autres pourraient décider de ne plus payer les taxes scolaires parce qu’ils n’ont pas d’enfants. Du même coup, ces personnes pourraient réclamer de cesser de payer des contributions annuelles au Régime québécois d’assurance parentale. Ce serait sans fin.

L’initiative du Cégep marque un engagement clair. Ce qui est dommage, c’est qu’on force encore une fois ses dirigeants et les représentants des associations étudiantes, à devoir le défendre.