L'organisme Comsep organisait, cette semaine, une activité pour sensibiliser les citoyens et les gens d'affaires à la réalité des personnes en situation de pauvreté.

Bien plus qu'un défi culinaire

Dix-huit dollars et cinquante sous. C'est ce qu'on vous donne pour cuisiner deux repas équilibrés et un dessert pour quatre personnes. On vous envoie au supermarché le plus proche pour acheter ce qu'il faut. Et on vous donne un peu plus d'une heure pour préparer tout ça.
Aux ingrédients nécessaires pour faire vos recettes, il faudra en ajouter un autre qui devient essentiel dans une situation comme celle-là: la débrouillardise. Parce que faire deux plats et un dessert pour nourrir quatre bouches avec 18,50 $, c'est un sacré défi. 
C'est cette activité que l'organisme Comsep organisait, cette semaine, afin de sensibiliser les citoyens et les gens d'affaires à la réalité des personnes en situation de pauvreté. Douze équipes de cuistots, la plupart recrutés dans la communauté des affaires ou dans les milieux politique et communautaire, ont pris part à l'activité qui avait lieu mardi, mercredi et jeudi. Vendredi soir, les «gagnants» de chacune des soirées se retrouvaient pour une ultime épreuve.
Cette «compétition en sécurité alimentaire» se voulait amicale. L'atmosphère qui régnait dans la salle où se trouvaient les îlots de travail était enthousiaste, voire festive. On sentait bien l'urgence de respecter les délais et les consignes. Les équipes prenaient la chose très au sérieux. 
Mais au-delà de la compétition amicale, il s'agissait surtout de créer une occasion de sensibiliser la population aux difficultés auxquelles font face, sur le plan de l'alimentation, les personnes analphabètes et en situation de pauvreté.
L'activité se déroulait sous l'oeil curieux de personnes qui bénéficient des services de Comsep. Bien sûr, ils étaient là parce qu'on allait leur offrir une part de ces repas concoctés devant eux. Mais ils étaient aussi intéressés de voir comment des personnes qui ne vivent pas dans la pauvreté allaient s'y prendre pour relever le défi. «Eux, ils viennent faire ça un soir. Nous, on vit ça à tous les jours», expliquait une bénéficiaire de l'aide sociale qui n'avait que de bons mots pour cette activité et pour l'impact qu'elle pourra avoir.
L'échange entre les cuisiniers d'un soir et les personnes en situation de pauvreté était d'ailleurs l'aspect le plus émouvant de cette activité. L'idée, pour les dirigeants de Comsep, était de sensibiliser le milieu des affaires et de faire en sorte que les participants à cette première activité du genre puissent devenir des agents multiplicateurs dans leur milieu. Le but est de réduire les préjugés dont sont victimes les personnes à faible revenu.
Et ça marche. Bon nombre de cuistots invités ont pu comprendre la dure réalité des familles à faible revenu. Devoir renoncer à des poivrons parce qu'on dépasse les 18,50 $ en arrivant à la caisse de l'épicerie, ça peut non seulement amputer la qualité de votre repas, mais ça atteint aussi directement votre orgueil.
L'initiative de Comsep mérite une large diffusion. Une activité immersive comme celle-là devrait être vécue par le plus grand nombre. À l'heure où se multiplient les émissions culinaires à la télévision, pourquoi ne pas envisager d'en avoir une qui reproduirait ces conditions ? Un budget limité, des repas équilibrés, des portions adéquates, quelques contraintes, un jury et le tour serait joué. On n'aurait peut-être pas des futurs chefs renommés, des soupers presque parfaits ou des mamans qui soufflent une recette à l'oreille de leur fille ou de leur fils, mais on pourrait, pour une fois, envoyer un message social important.