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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Badeaux: une spectaculaire volte-face

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ÉDITORIAL / Il reste encore bien des questions à la suite de cette décision de la Ville de Trois-Rivières de procéder à la vente du stationnement Badeaux. 

Ce qui pour plusieurs n’était pas une bonne idée il y a deux ans à peine est soudainement devenu tout à fait acceptable. Et pour les deux tiers seulement du montant que la Ville s’était fait offrir à l’époque.

Mardi soir, le conseil municipal a entériné la vente du stationnement Badeaux à Olymbec pour la somme de 1,25 million $. En 2018, le même conseil s’était prononcé contre la vente du même immeuble à la Société immobilière G3R, qui gère le CECI, pour 1,9 million $.

Outre le fait que l’acheteur ne soit pas le même, il y a une autre différence majeure entre les deux propositions. Le maire n’est plus le même. En 2018, l’idée de céder le stationnement Badeaux aux promoteurs du centre des congrès apparaissait comme étant un projet d’Yves Lévesque. Certains élus soupçonnaient que le transfert du stationnement étagé constituait pratiquement une clause sous-entendue au contrat qui lie la Ville et la Société immobilière G3R pour la gestion du CECI. On n’en avait jamais parlé publiquement, contrairement à la plupart des autres éléments de l’entente en question.

Neuf conseillers sur quatorze avaient ainsi voté contre cette transaction, un geste qui avait pris des airs de démonstration de force de la part du conseil nouvellement élu à l’époque. Il y avait une forte symbolique à ce refus, même si toutes les raisons pour que la Ville conserve cette infrastructure avaient tout de même été évoquées par les conseillers opposés à la vente.

Ce n’est pas pour rien qu’on disait, en 2018, qu’il ne fallait pas considérer ce dossier comme étant clos et qu’il risquait de rebondir tôt ou tard. Mais cette fois, la transaction est passée comme du beurre dans la poêle au sein du conseil. Aucun élu ne s’est opposé à la vente ou n’a émis de réserves face à celle-ci. Comme si c’était soudainement devenu moins rigolo de s’opposer à un projet quand celui-ci n’est pas défendu par Yves Lévesque.

Pourtant, le maire Jean Lamarche reprend le refrain entonné par son prédécesseur: ce n’est pas le mandat d’une ville de gérer des stationnements.

C’est un peu faible, comme argument. La Ville gère déjà un bassin important de stationnements sur rue qui lui procurent des revenus intéressants. Elle gère aussi l’autogare sous l’hôtel de ville et le stationnement du parc portuaire. Il n’est jamais passé par l’idée de qui que ce soit de se départir de l’exploitation de ces stationnements.

La Ville a aussi une responsabilité dans le développement de son centre-ville et dans le soutien offert aux commerçants. À cet égard, le stationnement Badeaux était un puissant symbole de la solidarité des gens d’affaires du centre-ville, qui y ont injecté plus de 2,2 millions $ depuis que le projet a vu le jour. À la base, le stationnement Badeaux, c’était un projet de la SIDAC Centre-ville, devenu la SDC puis Trois-Rivières Centre, pour faciliter le stationnement des clients et des employés des commerces du centre-ville. Curieusement, on n’a entendu personne de cet organisme poser de questions ou s’opposer à la décision de la Ville.

Parce qu’il est possible que les commerçants soient perdants. Pas maintenant, mais un jour peut-être. Olymbec aura toute la latitude voulue pour augmenter les tarifs mensuels ou journaliers. Le maire Lamarche tente de se faire rassurant: Olymbec souhaite de plus en plus être identifié comme un bon citoyen corporatif. Dit-il.

Si ce n’était des travaux importants à réaliser sur le stationnement Badeaux, cette infrastructure semble loin d’être un gouffre financier pour la Ville. Il y a deux ans, on disait même qu’il était rentable. Les quelque 200 vignettes mensuelles vendues témoignaient bien du fait que cet équipement était devenu essentiel pour de nombreux travailleurs et résidents du centre-ville.

Qui plus est, le stationnement Badeaux est, comme l’autogare, géré par Culture Trois-Rivières les soirs de spectacles à la salle J.-Antonio-Thompson, avec un forfait à 7 $ pour la soirée. Mais avec un promoteur privé, Culture Trois-Rivières ne pourra plus toucher de tels revenus.

Par ailleurs, on ne sait pas grand-chose de ces fameux travaux qui doivent être réalisés au stationnement étagé. En 2018, le directeur du génie de la Ville affirmait que les améliorations qui devaient être apportées au stationnement étaient évaluées à 2,7 millions $. Les travaux consistent, entre autres, à du drainage, à la réfection du béton et à la mise en place d’une membrane d’étanchéité.

Deux ans plus tard, le maire parle de travaux entre 3 millions $ et 6 millions $. Ça fait une bonne différence. Et un écart aussi flou que considérable.

La Ville, en plus de faire la moue devant la perspective de devoir réaliser de tels travaux, souhaite réduire la taille de son parc immobilier. C’est une bonne raison. Mais le stationnement Badeaux devait-il être aussi haut sur la liste des immeubles dont la Ville souhaite se départir? Avec les activités du CECI et l’important projet qui se développe dans l’ancienne usine Germain & Frère, il aurait peut-être été avisé de conserver le contrôle de ces quelque 425 espaces de stationnement.

Mais on a préféré procéder à ce qui est ni plus ni moins qu’une vente de feu. Et un formidable pied de nez aux commerçants qui ont payé pour ce stationnement-là.