Les maires de Shawinigan et Saint-Boniface ont scellé l'entente de cinq ans lundi.

Avec un peu de bonne volonté

C’est l’histoire d’un débat qui dure depuis des décennies et qui, ponctuellement, revient pimenter l’actualité. Un débat qui divise des maires de municipalités voisines. Un débat sur une question d’équité. Un débat difficile à trancher, généralement.

Sur la question des équipements supralocaux, Shawinigan et sa plus importante voisine immédiate, Saint-Boniface, viennent de s’entendre. Tout vient à point, semble-t-il, à qui sait attendre.

Cela faisait trois ans que des négociations avaient été amorcées entre Shawinigan et plusieurs municipalités environnantes. D’abord marquées par une évidente gourmandise de la part de la ville centre, ces négociations ont rapidement tourné au vinaigre avant de reprendre, à l’automne 2016, dans un contexte plus raisonnable.

L’appétit de Shawinigan avait diminué considérablement. La volonté d’en arriver à une entente négociée avait, elle, augmenté proportionnellement. La Ville avait soudainement soustrait un peu plus de 400 000 $ à la facture globale qu’elle souhaitait refiler aux petites municipalités qui profitent de ses infrastructures et de certains services.

Une étude de Raymond Chabot Grant Thornton évaluait initialement à 539 179 $ chaque année le montant consacré pour permettre à des non-résidents de bénéficier des infrastructures shawiniganaises. Mais ces visiteurs ne défrayaient que 63 176 $ avec leurs frais d’inscription, ce qui donnait un manque à gagner qu’on souhaitait voir remboursé intégralement par les municipalités d’où provient cette clientèle extérieure.

En 2016, la proposition révisée, établie en retirant les investissements immobiliers, les coûts indirects, les subventions aux organismes, le service de la dette, les spectacles et les expositions présentés au Centre des arts ou à la Maison de la culture Francis-Brisson, de même que les coûts associés au Parc de l’Île Melville, était de 128 854 $.

Pour Saint-Boniface, cela représente une facture d’environ 15 000 $ par année pendant cinq ans. C’est ce qu’on peut appeler une bonne affaire.

Les contributions pour les équipements supralocaux sont avant tout symboliques. Elles encadrent un grand principe d’équité selon lequel il est injuste de laisser aux seuls citoyens d’une ville les coûts d’entretien et d’administration des infrastructures de culture et de loisirs utilisées plus largement.

Il semble d’ailleurs y avoir un courant plus favorable pour reconnaître cet état de fait. L’ouverture démontrée par Saint-Boniface est un exemple. Il s’ajoute, comme on le voyait dernièrement dans nos pages, à celui de plusieurs municipalités de la MRC de Maskinongé qui versent une contribution à Louiseville pour le hockey mineur et le patinage artistique, étant donné que l’aréna s’y trouve.

Le succès ou l’échec des négociations concernant les équipements supralocaux tient généralement à la personnalité des élus en place, au réalisme de la démonstration financière et au modèle de compensation utilisé.

Trois-Rivières, récemment, a informé pas moins de vingt-six villes et municipalités voisines – quoique «voisines» demeure un bien grand mot quand on parle de Drummondville, de Baie-du-Febvre ou de Charette – qu’elle révisait sa tarification pour les citoyens des municipalités voisines qui s’inscriront à des activités sportives sur son territoire. Dans ce cas, on fixe déjà une tarification aux individus et on espère que les municipalités d’où ils proviennent puissent éponger la facture. Plusieurs municipalités ont immédiatement déclaré qu’elles n’allaient pas payer pour leurs résidents qui pratiquent des activités à Trois-Rivières.

Il faudra voir de quelle façon tout cela va se terminer. Mais l’exemple de Saint-Boniface et de Shawinigan démontre qu’avec un peu de bonne volonté, il est possible de satisfaire à peu près tout le monde et d’atteindre une meilleure équité entre voisins.