Autre église, autre glas...

ÉDITORIAL / On a parfois l’impression que la liste des églises menacées de fermeture n’en finit plus de s’allonger. Transfert des célébrations dans un autre lieu de culte, mauvais état des bâtiments, incapacité financière de procéder aux rénovations nécessaires, autant de raisons qui se superposent généralement et qui débouchent souvent sur un énième appel à l’aide pour que l’église échappe à la démolition ou à une conversion qui la dénaturerait ou qui lui retirerait toute valeur patrimoniale.

À Shawinigan, l’avenir de l’église Saint-Pierre, qui domine le centre-ville du haut de la butte Hemlock, est bien incertain. Un peu comme l’a été, à un moment ou à un autre au cours des vingt dernières années, celui des églises Saint-Bernard, Christ-Roi, Sainte-Hélène, Sainte-Croix, Saint-François-d’Assise, Saint-Philippe, Sainte-Marie-Madeleine, Sainte-Cécile, Saint-Justin, Sainte-Angèle-de-Prémont ou Marie-Médiatrice, à La Tuque. Pour ne nommer que celles-là.

Les questionnements sont encore nombreux sur les possibilités de conversion ou de cohabitation dans certains lieux de culte. À Champlain, on planche sur un projet visant à sauvegarder la très belle église Notre-Dame-de-la-Visitation. À Saint-Paulin, la Municipalité a acheté l’église. Les temps sont toujours aussi durs pour les lieux de culte et l’imagination ne manque pas pour tenter de les sauver du pic des démolisseurs.

Ce ne sont pas toutes les églises qui peuvent bénéficier des avantages de ce qu’on appelle la «mise en tourisme». Le meilleur exemple est celui de l’église Notre-Dame-de-la-Présentation, dans le secteur Shawinigan-Sud, qui assure une bonne partie de son financement grâce aux œuvres d’Ozias Leduc. L’église de Saint-Élie-de-Caxton tire aussi profit de l’affluence touristique dans le village de Fred Pellerin.

Ailleurs, les quêtes, les dîmes et les revenus de location ne suffisent plus.

Et souvent, on est en présence de bâtiments qui coûtent une fortune à entretenir.

La dernière église à faire la manchette en raison de sa situation précaire est donc l’église Saint-Pierre, que l’on considère comme la plus vieille église de l’ancienne ville de Shawinigan, même si dans les faits, on a prié dans la nef de Saint-Bernard une quinzaine d’années auparavant. L’église comprend un orgue Casavant datant de 1930, un maître-autel taillé dans du marbre d’Italie, ainsi que des fresques et des vitraux de Guido Nincheri.

Aujourd’hui, on observe des infiltrations d’eau, une détérioration de la toiture de la sacristie, l’absence d’un réseau paratonnerre, la détérioration des enduits de plâtre et de la peinture à plusieurs endroits en raison de l’humidité. Une estimation préliminaire des travaux nécessaire frôle les 2 millions $. C’est énorme. Bien sûr on pourrait espérer une aide financière du Conseil du patrimoine religieux du Québec et voir 70 % des travaux couverts par cette aide, mais il n’en demeure pas moins que la paroisse devrait trouver au moins 600 000 $.

L’église Saint-Pierre présente une valeur patrimoniale «supérieure», notamment en ayant préservé son authenticité et conservé ses nombreux ornements et saillies au fil des ans.

Le défi de trouver une vocation qui permettrait de conserver le bâtiment est de taille. Des suggestions ont déjà été formulées par des bénévoles, des paroissiens ou des passionnés d’histoire et de patrimoine préoccupés. Et c’est vrai que Shawinigan a un bon bulletin en matière de reconversion d’immeubles patrimoniaux: ancienne aluminerie, ancienne Wabasso, maison de la culture Francis-Brisson, aréna Jacques-Plante, etc.

Mais pour les églises, le défi est toujours grand. Les projets sont rares et les investissements privés le sont encore plus. L’achat de l’église Saint-Bernard par une société immobilière, en 2006, puis la conversion en espaces à bureaux, demeure une exception.

On ne pourra pas sauver toutes les églises, mais celle qui domine Shawinigan mérite bien qu’on s’y attarde un peu. L’appel à la volonté politique doit ici être entendu. Il faudra de l’audace. Et beaucoup de sous.