Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Autoroute 55: un autre faux espoir?

ÉDITORIAL / Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a beau faire des pieds et des mains pour tenter de pousser le dossier du doublement de l’autoroute 55 entre Bécancour et l’autoroute 20, ce dossier-là semble plutôt devenu une matière à promesses électorales qu’on peut balayer sous le tapis ou constamment remettre à plus tard. Rarement a-t-on senti aussi peu de volonté politique dans un dossier pourtant réclamé par les élus locaux et par la population depuis plusieurs années.

On aurait pu penser que l’annonce de l’injection de près de 3 milliards $ dans des projets d’infrastructures, une stratégie intéressante du gouvernement Legault pour relancer l’économie, allait être une occasion de marquer une avancée significative dans ce dossier. Ça ne semble pas être le cas.

Le député Martel dit avoir appelé son collègue François Bonnardel, ministre des Transports, dans les minutes qui ont suivi l’annonce des investissements en infrastructures. On ne peut certainement pas lui reprocher de ne pas faire son travail et son lobbying. Mais en dehors du Centre-du-Québec et de la Mauricie, le doublement de la 55 sur les 27 kilomètres manquants semble susciter autant d’enthousiasme qu’une tempête de neige au mois de mai.

Donald Martel a bien choisi ses mots lors d’une récente entrevue au Nouvelliste en disant que «s’il n’en tenait qu’à lui», ce projet allait être sur les rails avant un an. Il est là le problème. Il n’en tient pas qu’à lui. Mais le député fait tout ce qu’il peut pour remplir un de ses «engagements» électoraux de 2018: celui d’obtenir au moins une annonce pour ce projet de bonification de l’autoroute 55. «Le doublement de l’autoroute 55, c’est l’un des engagements que j’ai pris pour la dernière campagne électorale. Je n’ai pas dit qu’on le réaliserait, mais qu’on l’annoncerait à tout le moins. Ça faisait partie de mes engagements électoraux», a-t-il indiqué récemment. S’engager à faire une annonce, c’est plein de candeur mais ça ne vaut pas grand-chose. On peut surfer longtemps sur des annonces qu’on multiplie. Souvenons-nous des sept annonces en douze ans concernant la phase 2 du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières...

Pourtant, lors de la même campagne électorale de 2018, le chef de la CAQ, François Legault, y était allé d’un plaidoyer en apparence convaincant pour la 55. «Il est temps qu’on arrête de parler et qu’on le fasse. Il faut que ça avance», avait-il insisté en entrevue au Nouvelliste sur le sujet. Son parti a depuis été porté au pouvoir et il est temps de livrer la marchandise.

Actuellement, le projet de doublement des voies de la 55 est toujours inscrit comme étant «à l’étude» au Tableau de bord des projets d’infrastructures de 50 millions $ et plus du gouvernement du Québec. Le Centre-du-Québec n’a que trois projets sur ce tableau, les deux autres étant à l’étape de la planification.

Même si le Québec est en gestion de crise, on n’a toujours pas convenu d’une nouvelle date pour la rencontre qui devait avoir lieu le 12 mars dernier à Bécancour entre le maire Jean-Guy Dubois, le député Donald Martel et le ministre François Bonnardel et qui a été annulée en raison de la tenue d’une réunion urgente du conseil des ministres. C’était il y a plus de deux mois.


« Si seulement c’était un enjeu politique, on pourrait comprendre. Mais il y a ici un véritable enjeu de sécurité, particulièrement aux intersections des routes Prince, Forest et Thibodeau. »
Martin Francoeur

De plus, la limite de vitesse à 100 km/h sur une route à deux voies opposées contiguës présente des risques élevés d’accidents graves. Et il y en a eu. L’idée lancée récemment d’installer une glissière de sécurité flexible à haute tension entre les deux voies présente peut-être des avantages sur le plan de la sécurité mais peut certainement avoir pour effet de retarder encore davantage le projet de doublement des voies.

L’annonce d’investissements additionnels dans les infrastructures aurait pu accélérer le dossier de la 55. Mais malgré toute la bonne volonté du député Martel, cela ressemble à un autre faux espoir pour un projet qui, pourtant, n’a rien d’un caprice.