Le premier ministre François Legault a livré, mercredi, son discours d’ouverture de la 42e législature.

Audace ou témérité?

ÉDITORIAL / Ce n’est pas la peur qui risque d’être la plus redoutable adversaire du gouvernement de François Legault, mais sa témérité s’il persiste à pousser des projets dont les fondations sont fragiles.

Le plus bel exemple en est donné en éducation.

Le premier ministre détermine l’éducation comme sa grande priorité. «Pour la première fois depuis les années 60, l’avenir de nos enfants va être l’ambition première d’un gouvernement. Notre grande ambition, c’est de donner à chacun de nos enfants les moyens d’aller au bout de son potentiel».

Philippe Couillard avait tenu en 2014 un propos similaire en citant Saint-Exupéry. 

M. Legault «redonnera de l’amour» au système d’éducation. Il protégera son financement même si le Québec doit affronter un ralentissement économique.

C’est une bonne nouvelle que cette protection budgétaire. Surtout que son gouvernement devra trouver dans ses caisses 700 millions$ que les commissions scolaires ne toucheront pas en taxes scolaires.

Malheureusement, il n’existe pas encore de protection contre un gouvernement qui veut appliquer à tout prix des engagements pris en campagne électorale même si des réalités, des études ou des avis démontrent qu’il vaudrait mieux procéder différemment ou plus lentement. 

Encore une fois, le réseau de l’éducation devra faire des pirouettes pour que le gouvernement puisse dire à la fin de son mandat «mission accomplie», dans le cas du gouvernement caquiste, qu’il a implanté des maternelles 4 ans.

Qu’importe si le personnel et les locaux sont manquants. Qu’importe si un accès à des services éducatifs de qualité pour tous les petits de moins de 5 ans permettait d’atteindre les mêmes objectifs et peut-être même mieux. Il faut remplir la commande.

Ce n’est pas, comme le dit M. Legault, de manquer d’ambition, d’audace et de fierté que de dire qu’il sera difficile d’offrir des maternelles 4 ans d’ici cinq ans. C’est faire preuve de réalisme et admettre qu’il n’est pas nécessaire de copier le modèle ontarien pour bien préparer les tout-petits à leur rentrée à l’école.

Il en est de même avec la transformation des commissions scolaires et l’abolition des élections scolaires, une autre promesse des caquistes. Du temps sera perdu sur des structures alors qu’il y a mieux à faire. M. Legault va de l’avant même si des membres de la communauté anglophone sont réfractaires et risquent de s’adresser aux tribunaux. 

Les contestations judiciaires ne l’arrêtent pas non plus lorsqu’il s’agit de signes religieux. Il persiste à vouloir interdire le port de signes religieux aux enseignants du primaire et du secondaire même s’il va ainsi plus loin que ce que préconisait la commission Bouchard-Taylor. Il bouscule le consensus établi. 

«Il s’agit d’une position raisonnable», soutient M. Legault. Il n’est pas garanti que les tribunaux le jugeront ainsi. 

Le gouvernement fait aussi fi des avis de ses scientifiques et compte toujours déposer un projet de loi qui va ramener à 21 ans — et non 18 ans comme c’est le cas pour l’alcool — l’âge légal pour acheter et consommer du cannabis. Que les jeunes de 18 à 21 ans s’approvisionnent sur le marché du crime organisé lui paraît plus acceptable que de renoncer à une promesse électorale.

En matière d’environnement, le premier ministre ignore aussi le dernier signal d’alarme du GIEC tout en voulant donner l’impression qu’il s’en soucie. «Je ne peux ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux». 

Il attendra cependant d’avoir le bilan le plus récent des émissions de GES au Québec, de voir s’il est possible d’atteindre les cibles de 2020 avant de déterminer les meilleurs moyens à prendre.

Dans ce dossier, le gouvernement Legault se montre patient. Trop patient.