Attendons le «vrai» rapport

C’est un débat dont on ne sortira vraisemblablement jamais. D’un côté, les défenseurs des animaux qui vont toujours conclure que les spectacles de rodéo ne sont rien de moins que de la barbarie pure et simple et de la cruauté évidente envers les animaux. De l’autre, les inconditionnels de cette forme de divertissement ou de ce sport et les responsables d’événements qui inscrivent cette activité à leur programmation, qui vous diront qu’il y a un contrôle très rigoureux et que les animaux ne sont pas maltraités.

Qui a raison? Qui a tort? Difficile à dire. Le débat est polarisé, exactement comme celui sur les pitbulls ou sur le contrôle des armes à feu.

Alors faisons appel à des experts. À des vétérinaires ou des spécialistes du comportement animal. Mais on connaît le truc: embauchez des experts et vous leur ferez dire ce que vous voulez qu’ils disent.

On n’en sortira donc jamais.

Et les dirigeants du Festival western de Saint-Tite vont revivre, sporadiquement et à perpétuité, le cauchemar de relations publiques qui découle, invariablement, d’accusations ponctuelles de maltraitance.

Le rapport sur le traitement réservé aux animaux de rodéos rendu public mercredi par le professeur de droit Alain Roy vient porter un coup aussi dur que prévisible au Festival western. On connaissait les prétentions et les motivations du professeur Roy depuis le printemps 2017, alors qu’il avait demandé, avec un groupe d’étudiants en droit de l’Université de Montréal, une injonction visant à interdire la tenue d’un rodéo dans le cadre des Fêtes du 375e de Montréal. Cette requête s’appuyait sur les dispositions de la nouvelle Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, édictée en 2015.

Au départ, l’idée derrière ce projet de loi était surtout d’encadrer certaines pratiques comme les usines à chiots ou l’abandon d’animaux domestiques. On n’allait pas jouer dans les pratiques agricoles ni dans les divertissements impliquant des animaux. À tout le moins se limitait-on à interdire les combats entre animaux.

La requête et le rapport du professeur Roy servent à tester cette loi. À déterminer, notamment, si les rodéos enfreignent son article 6, qui prévoit que «nul ne peut, par son acte ou son omission, faire en sorte qu’un animal soit en détresse», par exemple en étant exposé à des conditions qui lui causent une anxiété ou une souffrance excessive.

L’expert vétérinaire de l’équipe du professeur Roy croit que c’est le cas. L’experte qui a réalisé une étude pour le Festival western affirme de son côté n’avoir vu aucun abus, négligence, ou comportement inacceptable de la part des organisateurs, bénévoles ou compétiteurs.

Il serait sage d’attendre le «vrai» rapport, celui du comité consultatif mis en place avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Un comité dûment mandaté par le gouvernement devrait être le mieux placé pour évaluer le degré de conformité à une loi émanant de ce même gouvernement et établir le cadre réglementaire qui y sera associé.

En attendant, il est intéressant de voir les politiciens se positionner. Julie Boulet, députée de Laviolette et ancienne présidente du Festival western, ne pouvait pas se permettre, politiquement parlant, de pencher du côté des défenseurs des animaux. Les propos du ministre Laurent Lessard sont plutôt encourageants pour les organisateurs du festival. Mais étrangement, on n’a pas entendu de représentants des autres partis politiques se prononcer sur le sujet.

Il y a fort à parier qu’un jour ou l’autre, le Festival western devra adopter une position de compromis pour continuer à tenir des rodéos. En éliminant, peut-être, certaines disciplines en apparence plus violentes comme la prise de veau au lasso ou le terrassement du bouvillon. Déjà, le Festival est exemplaire dans le resserrement des règles et des pratiques de contrôle, aussi bien que dans la transparence dont font preuve les responsables.

L’événement, rappelons-le, est celui qui, parmi les festivals et événements majeurs du Québec, génère les plus importantes retombées économiques. Il ne survivrait certainement pas à la perte totale de son volet rodéo.