Le Québec sort affaibli du remaniement de mardi.

Après les fleurs, le pot

Une fois passée l'excitation collective provoquée par la nomination de François-Philippe Champagne au conseil des ministres à Ottawa, il faut malheureusement descendre de ce nuage et faire un constat beaucoup plus triste: le Québec sort affaibli du remaniement de mardi.
Les critiques étaient déjà nombreuses envers le premier ministre Justin Trudeau concernant le peu de poids qu'avait le Québec au sein du conseil des ministres. Stéphane Dion, aux Affaires étrangères, était le seul à être titulaire d'un ministère que l'on dit «d'importance», que ce soit sur le plan stratégique ou économique. Et on l'a évincé.
N'en déplaise à Mélanie Joly (Patrimoine canadien), Marc Garneau (Transports), Jean-Yves Duclos (Famille, Enfants et Développement social), Marie-Claude Bibeau (Développement international et Francophonie), Diane LeBouthillier (Revenu national) et au nouveau venu François-Philippe Champagne (Commerce international), les ministres québécois n'ont pas les dossiers les plus stratégiques et les plus importants pour les contribuables canadiens ou pour le développement économique.
Stéphane Dion n'avait peut-être pas non plus le dossier ayant le plus d'incidences sur la vie de tous les jours, mais sa voix était forte. Son ministère était prestigieux. Son expérience était respectée. Son influence était indéniable auprès de certains collègues.
Visiblement, le courant entre lui et Justin Trudeau ne passait plus. Et c'est dommage de devoir ainsi écarter un ancien chef du parti.
Si ce limogeage peut faire frémir certains souverainistes d'un bonheur à peine dissimulable - Stéphane Dion est le père de la Loi sur la clarté référendaire -, il doit aussi décevoir bien des partisans libéraux de longue date et bien des Canadiens en général.
Stéphane Dion est aussi l'homme qui a placé la question des changements climatiques au rang des priorités gouvernementales. Son passage à l'Environnement a été remarqué.
Petite parenthèse: lui et John McCallum, un autre vétéran libéral, ont été mis de côté pour faire entrer de plus jeunes figures au sein du cabinet. En ajoutant à ces deux retraites forcées la rétrogradation de MaryAnn Mihychuk, on se retrouve avec trois sexagénaires de moins au cabinet.
Mine de rien, la moyenne d'âge des ministres passe de 52,4 ans à 49,9 ans. C'est bien beau la parité hommes-femmes, mais on va devoir commencer à s'intéresser à l'âgisme. 
Le départ de Stéphane Dion du conseil des ministres est une autre tuile dont le Québec n'avait pas besoin. Déjà qu'il n'y a pas de lieutenant québécois parmi les ministres libéraux, on se demande bien qui incarne la «voix forte» que le Québec devrait avoir au fédéral.
Il faut un parlementaire ayant un accès direct au bureau du premier ministre, une crédibilité parmi ses collègues, et qui soit capable de mettre le poing sur la table pour les intérêts de la province.
Bien des dossiers et des contentieux récents démontrent l'absence d'une telle voix forte. La question des transferts en santé, l'absence d'aide financière à Bombardier, le traitement privilégié envers Terre-Neuve-et-Labrador dans le dossier de Muskrat Falls ou encore la voie de contournement à Lac-Mégantic n'en sont que de tristes exemples.
Non, vraiment, le Québec n'obtient pas le retour qu'il aurait pu espérer à la suite de l'élection de 40 députés libéraux aux Communes. Enlevez seulement la moitié de cette quarantaine de députés et le gouvernement Trudeau ne serait pas majoritaire.
Mais ça, quelqu'un semble s'en foutre complètement.